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Je ne me décide pas à essayer de finaliser un rendez-vous au coiffeur. On dirait que j'avance la journée à reculons. J'ai quand même fini par me lancer sur les routes du Mile End et du Plateau bondées de voitures, ralenties par tous ces camions et ces grues que nécessitent la contruction résidentielle. La ville grouillante n'a pas grand place pour les marginaux qui s'y faufilent. Cette impression je l'ai retrouvée ce soir quand je me suis lancée dans des recherches par base de données, dans mon domaine professionnelle. Là aussi, grouillent les activités, la marginale que je suis devrait forcer plus le pas pour mieux me défendre. Peut-être me suis-je toujours trop contentée de peu?
À 13h, ce rendez-vous final pour un de mes derniers dossiers. Juste devant la porte, sur l'Avenue du Parc, la file de voiture, ou plutôt la conductrice derrière moi baillait en regardant ailleurs, ne remarquant pas mon clignotant qui signalait que je veux me garer. Elle me collait de trop près, n'avait même pas fait l'effort d'essayer de reculer quelque peu pour me donner un peu plus de jeu. Je braque, recule, frôle sa voiture presque et me gare comme un pro. À l'intérieur, trois-quarts d'heure plus tard, des clients heureux et moi attentive, un peu aux aguets.
Je suis revenue au perchoir. Au clavier de mon mari, je prend mes mails. Je mange le durian seule, comme un plaisir solitaire. Le parfum très fort du fruit envahit le perchoir, s'y accroche.
Je range les légumes bio livrés ce matin, prépare un grand wok de légumes sautés aux crevettes. Les trois fils vont manger ce soir, sans nous. Enfin, nous y étions le temps de leur repas, vite expédié. Ils ne sont pas d'humeur badine, l'un galère sur un travail à remettre, l'autre parle sans écouter, le dernier s'embête presque alors lâche des répliques assassines. La prochaine fois, il faudrait mieux mettre la table pour des échanges plus harmonieuses. Il ne s'agit pas ici que de bien les nourrir mais aussi de nourrir de vraies relations.
Nous partons, moi presque à reculons. Nous allons souper avec la cousine de mon mari et son mari, sa copine allemande et la soeur de la copine. Dans huit jours, après une tournée du Québec, ils vont s'installer à La Dolphine pour quatre jours. Vous qui me lisez, vous pouvez bien réaliser que je confie ma maison à reculons, mais je ne sais pas dire non, surtout à quelqu'un qui ose le demander.
Donc, un souper avec eux, cordial, chaleureux. Je suis cordiale et chaleureuse, pas autrement. Et mon mari qui s'anime au stimuli social. Nous les avons même accompagnés à pied vers leur hôtel, dans la fraîcheur de la soirée.
Ce soir, très tard, fifille revient pour deux jours. Ces jours-ci, préoccupée, je ne pense pas beaucoup à elle, maintenant que je l'attend, je suis presque impatiente. Ma fille, ma soeur, mon miroir ...
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