13 septembre 2005
Déliquescence

Je mijote dans mes projets. Sous la surface, rament des idées. Au téléphone, par mail, je soupèse le poids de ceux qui lâchent et de ceux qui restent. Les causes doivent être dépoussiérées, les engagements des gens sont volatiles. Faut-il investir les personnes de leur mission avant de les enrôler pour leur temps ou leurs bras? Je suis lancée dans mon bénévolat, comme vous le voyez.

Un petit tour à Laval pour estimer un dossier commercial. Le sujet en question ne m'inspire pas du tout. Nous ramenons du blé d'Inde frais du cultivateur voisin, quatorze à la douzaine, c'est une aubaine. Cet après-midi, un petit passage à vide. Ce soir, je suis un peu impatiente, pour rien.

Mon ordinateur fait des siennes. En plus de l'écran qui devient tout blanc (mais je pallie par un autre écran plat), le clavier ne répond pas à la commande et le disque dur qui rame! Il va partir au docteur bientôt, je crois. À moins que je remplace!

Ce soir, je me suis mise sur "Le goût des jeunes filles" de Dany Laferrière. Finir le livre d'une traite m'a mise dans un état bizarre. Laferrière a réécrit son livre pour donner plus de poids à ses personnages qu'il disait, pour mieux rendre compte de la "déliquescence" de son pays de l'époque, le début des années 70. Le terme m'accroche. Certain jour, comme aujourd'hui, je me dis que cette décadence, cette décomposition se retrouve en ce moment même, à l'échelle de la planète, si l'on considère la désolidarisation sociale. Parce qu'il y a un trop grand écart entre le petit nombre des riches, par rapport au trop grand nombre de pauvres. Et que nous contribuons tous à cette ruine, en gaspillant encore trop, parce que nous avons été entrainés à consommer, alors qu'à un jet de pierre, qu'à distance zéro par le net, il y a le désert, c'est-à-dire rien!

L'image de la la bourgeoise, mère de Marie-Michèle (personnage de Laferrière) qui conduisait sa grosse voiture, vitres relevées, à travers les rues de la misère de la ville, me hante! Et ces jeunes filles très jeunes, déjà blasées, exploitant le "sugar daddy" en s'exploitant elles-mêmes. Et leur fausse illusion de boire à grandes lampées dans la coupe de la "vraie vie". Comme nous aujourd'hui qui allons en week-end, à la campagne, en virées en ville, comme si c'est tout ce qui compte vraiment! Alors qu'il y a quelque chose qui se décompose, là, juste devant notre porte!

Ce soir, je suis un peu frustrée, beaucoup impuissante, très aux abois ...

hier consulter les archives demain

retour à la page principale

PT LANGUAGE="javascript"> 1

Untitled