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Voilà, à 7h30, nous avons déposé nos amies à l'aéroport. À 9h30, j'étais déjà avec des clients. À 12h30, je revenais au perchoir par le pont Champlain, pensant au passage des amies comme dans un rêve. À preuve, une autre cliente m'a rejointe sur mon portable, elle aurait pu le faire n'importe quand dans les derniers jours, ce matin elle me semblait venir de loin. Ou est-ce moi qui revient de loin? Aussi, quand j'ai pris des nouvelles de ma mère, elle était sûre que mes amies vont arriver aujourd'hui seulement, mais déjà elles sont passées ... En laissant un relent de parfum qui flotte encore dans ma chambre et l'écho des éclats de rire!
Cet après-midi, je reprend mon souffle. Ce soir, dans une grande salle communautaire version kitsh, cinq cents personnes se gavent de homards, lors d'un souper traditionnel comme depuis quinze ans. C'est la première fois que nous y sommes conviés. J'avais un peu honte d'y aller, cette surabondance me gêne. Nous sommes à la table numéro 1, avec des habitués qui se régalent même à l'avance, du festin qu'ils se sont payés. Homards à volonté, chaud ou froid, sans parler du buffet que plusieurs négligent pour ne bouffer que du homard. Cinq cents personnes par tablées de dix, avec grands tabliers de plastique, et pics et pinces, à manger avec frénésie. D'ordinaire ils mangeront tout du homard, machouillant les petites pattes, sucant le jus de la carapace, dégustant bouchée par bouchée. Ce soir, ils dévorent la queue, mangent la chair tendre des grosses pinces, avalent le caviar et jettent tout le reste d'un grand geste de désinvolture dans un grand bol que la serveuse ne cesse de vider. Le plat de homards chauds n'arrivant pas assez vite à table, entre les plats, ils vont s'approvisionner de homards froids du buffet. Humeur générale bon enfant. Le vin blanc coule à flots. La nappe toute souillée. Les mains collantes. La vaisselle poisseuse.
Ensuite, ils dansent pour faire descendre le tout. Ou ils se bavardent, ventre rebondi, en se criant par dessus les accents de la musique. Nous avons quitté assez tôt, avec forces promesses de retrouvailles pour l'an prochain, à la même occasion. Pour l'amour du homard, je calcule que je peux bien pécher une fois par année! Tout en sachant que trop aimer veut dire mal aimer sûrement ...
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