18 mai 2005
Trente ans d'humanitude

Si vous connaissez l'édifice de Radio-Canada à Montréal, vous comprendrez ce que je vais dire. En entrant par la porte principale, sans passer par le tourniquet et les systèmes de sécurité, vous pouvez vous engager à gauche vers cette grande allée intérieure. Sur les deux côtés de murs vous verrez défiler les affiches, les reliques, les souvenirs des émissions passées. Passer la cafeteria, les portes et d'autres couloirs menant à des studios, vous trouverez tout au bout, la Caisse populaire de Radio-Canada où j'allais et où j'étais accueillie par mon nom.

Aujourd'hui, jour d'anniversaire des trente ans de ma vie québécoise, j'ai trouvé que le parcours de cet entraille de la maison de Radio-Canada symbolise bien mes trente ans d'évolution, pleins de vie et de souvenirs. Et puis, être accueillie par mon nom, à un endroit où je suis allée pour la première fois, n'est-ce pas bien le signe que je suis bien chez moi?

Nous avons invité à déjeuner ma famille pour l'occasion. Il y avait mon père qui disait qu'il a tout expérimenté, feu, vol, accidents, etc. et il n'y a que la prison qu'il ne connaît pas. Il y avait ma mère qui, pour l'occasion, nous achète des draps (!) comme seule une mère le fait à ses enfants. Mes frères et soeurs racontaient qui ses anecdotes d'enfants, qui ses vacances. Mais aussi un peu de nos souvenirs des premiers jours à Montréal. Mon frère se rappelle de ses premières cigarettes, ma soeur du tapis de l'hôtel Queens, aujourd'hui démoli, où nous étions logés. Moi, de cette impression de flottement, de cette fatigue extrême ...

Mon amie de Québec, malgré sa grippe, me téléphone pour l'occasion. Mais aussi pour l'anniversaire des six ans de ce journal grâce auquel je l'ai connue. J'ai aussi croisé une autre amie dans la rue et reçu un mail au retour. Voilà pour les trente ans, sans tambour ni trompette.

Exceptionnellement, nous sommes allés à La Dolphine avec un grand plateau de sushis tout frais. Au passage, nous nous sommes arrêtés chez ma soeur pour arroser ses plantes. Un couple de voisins qui vit plutôt en France est ici en ce moment. Ils viendront avec les vins et le dessert. Eux qui ont beaucoup vécu, beaucoup voyagé et nous, bons vivants, nous avons passé ensemble une excellente soirée.

Nous allons passer la nuit dans notre lit du Nord, repus et riches d'expériences partagées. Beaucoup d'humanitudes vécues hier, comme aujourd'hui. Et j'ai confiance à demain.

Voilà, je viens de m'assoupir devant mon feu de bois, un verre d'eau de source pleine en équilibre parfait sur le coussin du canapé, à côté de moi. Moment de perfection, instant de quiétude. Comme si tout est arrêté là, à cette fraction de seconde.

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