14 mai 2005
Repos mérité

Hier soir, en pénétrant dans ma maison du Nord, je me suis sentie sauvée comme par une bouée qui m'entoure de ses rondeurs rassurantes. Mon mari doit bien se sentir à son aise lui aussi, il trépigne de plaisir et s'installe là parmi les coussins, sans même ouvrir la télé. Je fais un feu de foyer, il met la musique. Un chant grégorien ajoute de la profondeur à cette ambiance déjà feutrée. Je ne lis pas et émerge doucement de mes soucis citadins.

Nous sommes montés ensuite, prendre un bain, se mettre au lit, se réchauffer, se rassurer de ces journées de doute d'il y a quelques semaines. Eh oui, mal interprétant quelques tiédeurs, j'étais convaincue que nous sommes probablement arrivés à une étape de nos vies où la sexualité est une chose non nécessaire et que, entre deux êtres, il y a bien d'autres terrains d'entente et d'harmonie! Sur mes grands chevaux, je fabulais déjà sur ces contrées inconnues avec une dignité contenue, cachant une détresse romanesque ... Bref, n'importe quel homme incluant le mien ne peut comprendre la logique implacable des pensées galopantes. Alors il se fait prudent, parlant moins, calant plus encore dans cette purée de pois de la méprise.

Aujourd'hui, à l'unisson, nous avons joui de cette quiétude chez soi. Assis à ne rien faire, ou vaquant à quelques menues besognes, nous sommes heureux ainsi. Mon mari a lavé les grandes baies vitrées. J'inventorie et inspecte le contenu des armoires. Nous nettoyons le coin fourre-tout de service. Il fait une retouche de peinture. Je trie les draps et les serviettes. Je corde mon bois de foyer. Il vérifie l'état du gazon. Derrière la maison, j'étale les cailloux blancs autour du socle où est posée la statue de bouddha. En avant, il veut tailler les cèdres. En haut, dans une des chambres, il a aménagé son petit coin personnel. Dans cette maison où nous n'habitons que si peu, nous avons l'air de jouer à la poupée Barbie et Ken.

Il a fallu se débattre avec la question: allons-nous rester dans ce cocon jusqu'à demain ou allons-nous rentrer souper en ville avec les fils? Voilà, nous sommes revenus en ville. Souper aux homards avec les fils et un neveu. La soirée passe. Nous allons mal dormir. Mon mari ne comprend pas pourquoi. Pour ma part, je sais, il y a ce dossier, non pas celui d'hier mais un autre, qui me taraude. Et ce client qui m'envoie des mails, toujours deux à la fois. Il me fatigue.

C'est gâché! Je me relève à l'instant même, à 4h du matin du prochain jour, pour répondre à ses mails!

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