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3h38 du matin du prochain jour sur le coin de mon écran! Longue journée pendant laquelle j'ai joué tous mes rôles. Il est important pour moi de les noter, puisque j'aimerai pouvoir les rejouer dans ces mesures-là, à ce rythme-là, non pas dans ses pointes chargées d'adrénaline ou ses basses tâtonnantes.
Ce matin, entre les va-et-vient sur le clavier ou sur le net, je fus la femme de maison. Les plantes ont reçu leur attention, les brassées de lessive s'enchainant à la suite des rangements ménagers. J'ai même considéré sortir la machine à coudre pour raccourcir ce pantalon de mon fils, celui-là qui est au bout de ma portée. Puis je déjeune sagement d'une soupe légère, avalant tous mes médicaments indispensables et utiles, incluant ces gélules naturelles sensées soulager mes inconforts de périménopause.
Je concilie mon agenda du mois de mai étoilé tout azimuts. La journée d'aujourd'hui n'est qu'une fraction de cette variété. Il va falloir déplacer encore les dernières pièces de théâtre de la saison, en plus de faire mon possible pour régler d'autres conflits horaires. Je n'oublie pas ces promesses de café à prendre avec certains, de soupers-rencontres avec d'autres, etc. Mais voilà, ce volet plus personnel doit se contenter de rendez-vous fixés plus à la dernière minute!
J'ai reçu un mail de demande de service professionnel. Au téléphone, c'est entendu, je viens de commettre ma seule demie-journée libre: le prochain dimanche matin! Mes dossiers piétinent un peu en ce moment, peut-être devrai-je tempérer mon impatience et attendre que ces mêmes dossiers mûrissent comme des fruits sur leurs branches?
Série d'appels téléphoniques effectuée pour le compte de mes affaires collectives. Bénévole bien sûr, mais surtout légèrement en dehors de mon rôle, par esprit d'équipe. Peut-être suis-je bonasse, mais en même temps, comme faire du bénévolat tout en dosant constamment son implication? Bien sûr, il y a ceux qui se commettent toujours et ceux qui en font le moins possible et moi, je ne fais pas partie des derniers.
J'ai préparé un repas aux fils avant de partir avec mon mari pour souper avec mes parents en ces lieux qui ont bien changé d'allure mais ce qui compte c'est que son patron a connu ma famille il y a près de trente ans. Parce que bientôt le clan familial va fêter notre arrivée à Montréal il y a trente ans. Mon mari et moi voulons proposer de tenir une fête là, nous tous ensemble, les trois générations réunies. Personnellement je mijote aussi un cadeau significatif à remettre à chaque famille pour marquer ce bond dans le temps.
Stimulés, pendant le repas, mes parents ont remémoré plusieurs souvenirs. En sortant du restaurant, nous faisions un grand tour de voiture, passant sur les rues que nous ne fréquentons plus, comme pour un pèlerinage. Mes parents sont de bonne humeur, appréciant cette pause, mesurant notre chemin parcouru. Ma mère faisait le parallèle entre les histoires romancées qui se projettent vers des tournants de vie, vingt-cinq ans plus tard, par exemple, et notre histoire, trente ans plus tard aussi. Elle se disait sceptique quand elle lisait ces histoires, maintenant, elle sait que la vie se résume bien par tranches de vingt-cinq ans!
Moi aussi, pendant ce trajet de voiture, j'ai revu ma vie avant les enfants, j'ai revu mon gros ventre dans lequel ma fille suçait son pouce encore. Nous avons passé devant notre premier appartement, notre première maison ... J'ai feuilleté les pages des trente dernières années, j'ai mesuré mes pas. Ce petit voyage éclair à remonter le temps fut euphorique, preuve que les mauvais souvenirs n'y ont pas prise ...
Nous les avions accompagné chez eux, alors que l'orage grondait au-dessus de nos têtes. De lourdes gouttes commençaient à tomber. Nous sommes revenus au perchoir. Je me suis couchée rapidement avec mon livre. Après avoir situé l'histoire dans son contexte, j'ai pu avancer rapidement ma lecture.
Je viens de finir le "Journal d'un enlèvement" qui fut le récit de témoignages vécus de vrais enlèvements à la suite desquels la vie des otages ne tient que par l'opiniâtreté de leurs proches et par l'instinct de survie des personnes concernées.
Dans cet esprit de courage moral et mental, j'ai trouvé les mots pour dialoguer calmement avec mon fils, à 2h du matin, celui-là même qui semble vouloir se sortir de son bourbier émotif avec l'aide d'un psy. Je n'ai pas fait de sentimentalité, je n'ai pas argumenté comme une mère. Mais je lui ai parlé de lui, mais aussi de nous. Le contexte est toujours plus vaste que les conjonctures. Un détail du présent s'estompe toujours devant le portrait du futur. Il y a maintenant mais aussi dans vingt-cinq ans ...
Il est allé se coucher. J'ai retrouvé la présence d'esprit pour lire ces documents importants en préparation de cette téléconférence de demain, où j'aurai un rôle à choisir, en prévision de cette réunion au sommet qui sera filmé j'ai appris. Une participation citoyenne et collective dans une démarche stratégique. Vous vous demandez ce que je fais là, si loin de mon domaine d'expertise? Je vous répond que je ne fais que me pencher sur des enjeux importants pour dans vingt-cinq ans. Oui, ma mère aura toujours raison, dans vingt-cinq ans, quand l'avenir deviendra le présent ...
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