04 avril 2005
Respirer par le nez!

Aujourd'hui, je respire par le nez, comme on dit. Je ne me suis précipitée pour rien, prenant mon temps pour répondre à quelques mails. J'ai reporté des affaires cléricales à ce soir pour partir avec mon mari à La Dolphine, juste pour l'après-midi. Décharger les meubles de patio, allumer mon feu de foyer, faire une sieste sur le sofa. Petit repos grandement apprécié.

Des nouvelles du voisin d'en face: il s'est envoyé dans le décor il y a quelques semaines et s'est retrouvé avec une vingtaine de fractures, les poumons et le foie transpercés. La maison vient d'être vendue en catastrophe. Il faut que je retrace l'hôpital où il se trouve en ce moment.

Je ramène en ville pour le lire, le Journal d'un homme perdu de Roland Jaccard, un nihiliste notoire. Je ne connaissais pas ce dernier que je découvre depuis quelques heures. Surprise d'apprendre aussi que ses lolitas sont des vietnamiennes d'origine comme moi et que sa L. est même de la même ville natale que moi. Comme c'est étrange. Et puis, je cite, à l'intention de mon amie de Québec, cette entrée du 8 août 1984:

À côté de moi, à la caisse de Vigneau-Desmarest, l'épicerie fine de la rue de Sèvres, où chaque jour je me ravitaille en baies, Julien Green. Il me reconnaît, nous nous serrons la main et échangeons quelques banalités sur la qualité des produits de madame Vigneau. Aurai-je jamais pensé, quand j'étais adolescent et que j'idolâtrais Julien Green (si je tiens ce journal, c'est que je me suis décidé à suivre son exemple) qu'un jour nous ferions des courses dans la même épicerie et que je serais chargé de préparer sa nécrologie dans Le Monde? En l'observant, je me disais qu'il ressemblait plus à un pasteur anglican qu'à un écrivain parisien. Il était habillé de manière très stricte, complet veston, manteau de pluie bleu foncé, ce qui par cette chaleur et au milieu d'une foule estivale, le rendait anachronique.

Sur la quatrième de couverture je glane ces deux phrases: "Écrire, c'est se poser en juge de soi-même" et "Le journal intime recueille les miettes de ce qu'on croyait être une vie et qui n'est qu'une douce duperie."

L'accident du voisin et ces deux phrases me servent de rappel à ne pas trop me prendre au sérieux, le plus gros de mes défauts, je l'avoue. Encore heureux que j'ai décidé de respirer par le nez aujourd'hui! Mais je n'ai encore rien mis sous l'icône "Silly Sally" que j'ai ajouté à ma page d'accueil depuis quelques mois, justement pour me rappeler de ne pas trop me prendre au sérieux!

Ceci dit, il faut quand même que je retourne à la paperasse de ce dossier, j'en ai absolument besoin dans quelques heures! Il faut quand même être sérieux parfois!

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