31 octobre 2004
Vivre et mourir

Hier j'ai tenu à rassembler les fils (et la petite blonde)pour les voir et leur faire à manger, avant de partir pour La Dolphine. Je pensais revenir tard ce soir, comme le plus jeune voulait avoir le perchoir à lui tout seul pour distribuer les bonbons de l'Halloween avec la grande blonde. Il a lui-même acheté une grosse citrouille pour la sculpter et les friandises pour donner.

Hier toujours, pressée de partir voir un client juste avant de quitter la ville, j'avais oublié de vraiment manger jusqu'au moment où mes genoux flanchaient, j'étais presque tombée d'inanition dans le magasin, alors que l'on me coupait quelques planches pour ajouter à ma bibliothèque. Me voilà qui se dépêchais d'avaler deux sachets de sucre qui trainaient dans le fond de mon sac depuis la Suisse ... Il est rare que je tombe en coma diabétique ainsi. Dans la voiture, je me dépêchais de manger un petit pain et un pilon de poulet ( un poulet cuit quand même!) ... Arrivée à La Dolphine, j'ai dû m'allonger. Après la chute glycémique, la remontée est aussi raide ... Enfin, je suis bien vivante. Parfois, je trouve mon mari inconscient. Comme il a horreur des maladies, il est porté à tout rejeter du revers de la main. Il disait que ce que je venais d'éprouver c'est exactement comme lorsqu'il a très faim. Le voilà qui me laissait dans l'auto toute seule pour aller chercher les planches en arrière, alors que je pensais m'évanouir ... Tout ce que j'ai pu lui dire ensuite, c'est que non, ce n'est pas juste comme lorsque lui a très faim, sinon je ne serai pas diabétique pour rien!

Hier soir, j'étais toute emballée de garnir les rayons nouvellement ajoutés à la bibliothèque, mais aussi d'avoir aligné toute ma collection de statues de bouddha au-dessus des livres. Quand la pluie s'est arrêtée, nous sommes même sortis faire une marche de santé. Oui, je me sens bien vivante et reconnaissante de la bonne vie abondante que je mène.

Ce matin, nous avons fait une autre marche, après avoir été sur ce flanc de montagne pour recueillir trente-deux litres d'eau de source. Puis mes deux soeurs et un beau-frère sont venus, d'abord pour chercher une petite maison pour mon autre soeur, mais nous avons aussi mangé simplement, avant de rester là à bavarder au coin du feu. Cet après-midi, alors qu'ils sont tous repartis pour poursuivre leurs recherches, j'ai commencé un casse-tête représentant une peinture de Gauguin.

Cet après-midi, alors que j'étais penchée sur le casse-tête, le feu de bois crépitait derrière moi, le téléphone avait sonné. Le vieux monsieur, mon voisin d'en-bas est parti, en cette journée de la Toussaint, à la veille de son anniversaire de naissance. Il aurait eu quatre-vingt ans.

J'ai tout de suite plié bagage pour revenir en ville, à la pluie battante, avec le soir qui descendait. Je pensais aux fils qui n'ont jamais connu la Mort, ou un mort. Je pensais à la vie, telle que je l'ai décrite plus haut, pleine de détails, de sentiments et de ressentiments, de faiblesses et de forces, physique et mentale, de projets, de ce qui se passe ici et maintenant. Je pensais à la mort, qui n'est plus rien de tout cela.

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