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En écrivant l'entrée d'hier, j'avais oublié de noter que la veille j'ai fait une nuit cauchemardesque, non pas parce que je voyais des être hideux mais j'ai revécu des impressions pénibles de situations du passé, du temps où l'économie était difficile, la récession était au menu et notre débrouillardise mise à l'épreuve. Dans ces pensées funestes, reviennent à ma mémoire des visages et des gens, comme cette Julie, une partenaire d'affaires, dont je n'arrive pas à retrouver le nom de famille. Je viens de le trouver aujourd'hui, en même temps que me revient le climat de cette nuit-là. Ce stress latent doit influer sur ma glycémie qui plane à des hauteurs inquiétantes depuis deux jours, malgré mes repas réguliers et mes médicaments pris religieusement. Sous l'apparence de chaos, règne ce mécanisme de causes à effets que je n'arriverai pas à ausculter et contrôler, à moins d'hyponcondrie galopante et nombrilisme effréné. Enfin, ce journal en soi est déjà le baromètre de mes jours et de mes humeurs.
Aujourd'hui, je profite de l'orientation presque plein sud de mon appartement, avec le soleil qui inonde la cuisine, la salle à manger et le salon. Le plancher de chêne blond prend une teinte radieuse sous les rayons de soleil qui y courent, tout comme moi qui arrose les plantes consciencieusement. Puis nous partons à La Dolphine, le cinéma-maison y sera livré en début d'après-midi. Mon refuge d'orientation plein sud aussi est baigné dans le soleil. Assis tous les deux à table pour manger la soupe et un sandwich de "smoked meat", je m'exclame: "Ce n'est pas la première fois que je me sens ainsi, depuis quelques mois, je me sens embourbée au perchoir! Ici, je revis!" Peut-être qu'au perchoir en ville, nous travaillons trop du mental et du cérébral. Le poids de la conscience aïgue pèse! À La Dolphine, je me sens libre ...
Je ne sais pas si cela a à voir avec l'état de santé du vieux copropriétaire d'en-bas. Il est mourant en ce moment. Il paraît que ça sent le sang et les selles en permanence en-bas. Les soignants vont et viennent, la copropriétaire s'asseoit souvent sur son perron pour fumer une cigarette, l'air abattu. Je passe par là chaque jour, avant de monter les escaliers de chez moi. J'essaie de monter en vitesse, sans trop m'attarder, quand je la croise, j'essaie de ne pas entrer dans une conversation. Mon mari s'arrête toujours pour dire quelque chose, et écouter. Nous tendons l'oreille inconsciemment, jour et nuit. Ça fait quand même douze ans que nous demeurons au-dessus de chez eux. Je me souvenais des caisses de bière et de vin que monsieur ingurgitait quand sa femme allait à la campagne, chez une de leurs filles. Alors mon mari descendait voir s'il n'est pas trop mal au point ... Enfin, je ne vais pas commencer à conjuguer nos rapports à l'imparfait déjà ...
Nous sommes rapidement revenus en ville en fin d'après-midi. J'avais rendez-vous sur le boulevard St-Laurent bien bondé. Eh bien, mon dossier agonisant est peut-être entrain de ressusciter. D'autres étapes à franchir encore, mais il y a bon espoir ...
Ce soir, longue conversation avec le fils qui campe trop souvent à mon goût chez la petite blonde. Aussi, légère conversation avec l'autre, lui et moi au salon, alors que je ne me rappelle pas de la dernière fois où nous nous y trouvons si tranquillement à faire des projections sur des décisions à prendre, à moyen terme, sur notre habitat, suite au départ du voisin d'en-bas. Il y a aussi l'autre fils et son père, masqués par mes foulards de soie, pour ramper dans l'entretoit, avec une lampe de poche, question de passer le câble jusqu'à la chambre du jeune pour la télé que nous venons de lui ramener de la campagne. Et moi qui fait mon ragoût de boeuf, tout cuit déjà pour demain.
Je vous disais que l'ordre est là, sous le chaos. Quelque part, c'est déjà décidé, de notre vie, de notre mort et des floritures. Ce qu'il nous reste à faire c'est de choisir notre regard, l'angle de notre vue, comme de décider de la façon d'aborder les différentes étapes. D'en tirer le meilleur parti possible. Ce n'est pas fataliste, je trouve. C'est juste apaisant.
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