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Il pleut, ce qui ne fait que renforcer ce sentiment de quiétude. Je tisonne le feu. Mon mari est à motié allongé sur le sofa, le café appuyé sur son ventre. Nous parlons doucement. Des solutions pratiques sur une installation de toile de plastique pour couper le vent sur la porte d'entrée cet hiver. Quelques réflexions sur nos enfants. Sur le lit d'enfance de ma fille, un lit rose, repeint vert forêt à son adolescence, qu'elle veut garder bien sûr. Je pense aux lits d'enfants des garçons. Des lits en bois, en trois différentes couleurs, rouge pompier, bleu turquoise, vert pin, que je ne me résous pas à m'en débarrasser, ni ne réussis à prêter à mes soeurs ou frères. Alors ils sont là, démontés, prêts à être réattribués aux fils qui vont les réclamer, j'en suis sûr, un de ces quatre. Ma belle-soeur veut me retourner une "bassinette", ce lit de bébé, à hauts montants, en parfaite condition. Je pense aux autres, disparues à jamais, celle de ma fille, confiée au fils d'une amie, celle de mon fils, en tubulaire jaune, dont j'ai perdu trace, et l'autre, jumelle du rescapé, égarée de bébés en cousins. De cousins en cousins, j'aime croire qu'elle sert toujours, quelque part ...
Je pense à ces lits comme je retrace ma vie. Elle est douce je trouve. J'écris l'histoire de ces lits et je me retrouve dans la pénombre de leurs chambres de bébés. La chaise berçante blanche qui est encore ici à La Dolphine. Le lit rose devenu vert forêt, au garage en ville. Les lits colorés ici au garage. J'en suis dépositaire jusqu'au jour où ils reprendront du service chez l'autre génération, comme un témoin de leurs origines.
Il pleut. Je ne suis pas triste, au contraire, mais nostalgique, tout en étant pleine d'espoirs. La vie, la mienne, est pleine de sens.
Je prend mon temps pour préparer une soupe-repas qui sera emportée toute chaude en ville, pour ce soir. J'achèterai du pain frais et des pâtés. Et des pâtisseries aussi, tiens. Je nous vois déjà manger ensemble, autour de la table. Après leur déjeuner ce matin, les fils vont étudier un peu, nous baisserons plus encore la voix. Puis nous rentrerons les bûches, prêtes pour la prochaine fois, nous sortirons les vidanges et rentrerons en ville. Non sans ramener un matelas pour le prêter au beau-frère qui héberge sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. C'est la vie, en constante évolution.
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