05 octobre 2004
Accouchements

Aujourd'hui, j'ai accouché du "newsletter" destiné à une levée de fonds. Long processus douloureux, parce qu'il faut bien tirer les ficelles de l'engagement, de la solidarité et de la responsabilité morale. Comment allier la sobriété à assez de flamme pour faire porter la main à la bourse, à des gens de part le monde, qui en ont vu d'autres. Comment jouer au violon sans trop être quêteux. Comment quêter avec dignité.

Le bébé est vagissant. Il va faire rire et pleurer, j'en suis sûre. Mais la mère est vidée de ses tripes, soulagée mais épuisée. Je ne pourrai rien écrire de sérieux par ailleurs. J'aurai voulu tenir une réunion ce soir, heureusement, la rencontre ne s'est pas concrétisée. Tant pis, mais tant mieux aussi!

Ce soir j'assiste à d'autres accouchements douloureux ... chez les fils. Ces pauvres n'ont pas hérité de ma capacité d'écriture. L'un peine sur son travail de français, l'autre sur la méthodologie et l'autre sur la philo. Alors que chaque belle phrase, chaque mot m'inspire et m'encourage, eux, ils ont la tête des mauvais jours. Ils tournent les mots des dizaines de fois dans leur tête, ils remanient les phrases encore et encore dans l'ordinateur. Comme si ils s'avancent en terrain miné, ils suent à grosses gouttes pratiquement. Comme si leur honneur est en jeu, leur vie est au bout d'un fil. J'espère qu'au bout du compte, leurs bébés, nés au forceps, ne seront pas trop défigurés, à force d'être pétris par des mains maladroites.

Ce soir j'assiste, impuissante. Je me retiens d'être la mère nourricière, ou policière. Ou sage-femme. Si je pourrai n'être qu'une veilleuse, indéfectible et éclairante ...

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