02 octobre 2004
Dehors comme dedans

Incroyable passage à vide, comme dans l'oeil du cyclone, quand mon corps fait un volte-face formidable pour faire front à l'ouragan sur ma mer intérieure. J'ai les jambes lestées, la tête qui tangue, l'esprit assez clair pour me forcer à maintenir le cap du jour. Dès 9h le matin, je cuisine quand même. Une très bonne soupe won-ton maison, même si j'avais oublié de badigeonner le porc barbecue de miel ou de sirop d'érable. À 11h30, je fais manger tout le monde qui savoure ma soupe avec appétit, mais mon bol à moi ne passe pas et mes médicaments menacent de sortir par où ils sont entrés ...

Dans ce contexte, le reste de l'après-midi fut un triomphe de ma volonté sur mon état défaillant! Rendez-vous à 13h avec un client qui ne s'est pas présenté! Qu'à cela ne tienne, je suggère à mon mari de donner un coup de pouce à mon jeune fils pour avancer un contrat de peinture qu'il a accepté pour se faire un peu d'argent. Je les encourage en restant dans les parages, mais en fait, je ne sens pas mes jambes qui m'ont quand même conduite jusqu'à la voiture. J'ai une demie-heure pour me mettre en état d'aller voir la partie de rugby en demi-finale de mon autre fils!

15h, dehors la pluie commence à tomber à grosses gouttes. Sur ma mer intérieure, les vagues commencent à être hautes. Je m'enroule dans une cape, en oubliant mon imperméable. Nous sommes partis. Heureusement que mon mari a un grand parapluie de golf. Au terrain de rugby, il vente, il pleut, il fait froid. Ma cape me sert de tchador, mes jambes sont mouillées et glacées. Les joueurs s'affrontent dans la boue, sous la pluie. L'arbitre court, siffle, lève les bras. Les blessés s'écroulent, grimacent de douleur, se relèvent, boitent, puis continuent. Les supporters hurlent, applaudissent, bougonnent. Une partie serrée, où notre équipe menait de deux points. Dix minutes avant la fin, l'équipe adverse prend les devants de cinq points. Nous ne pourrons plus nous redresser. Voilà, je suis transie et ... mon fils n'a même pas joué!

À la fin du jour nous sommes partis directement à La Dolphine. Je ne pourrai pas me reposer en restant en ville. Nous partons, même si nous devrons revenir très tôt demain matin. Mais ce soir, je reprend mes esprits doucement. Le feu de bois crépite, je retrouve mon cocon. Dehors, la pluie s'estompe. Dedans, l'ouragan frappe dur. Vagues rouges, digue envahie. Je n'ai plus ce médicament qui est sensé endiguer tant soit peu! Je me prépare à un siège pour la nuit. Je n'ai pas froid, seulement très très mal aux reins. Avec des crampes qui m'empêchent de me coucher ou de m'asseoir tranquille.

J'ai décidé que je ne prend plus chaque ouragan comme si ce serait la dernière fois que j'aurai mes menstruations, pour être déçue le mois suivant quand elles reviennent au rendez-vous, ponctuelles comme une horloge biologique. J'ai décidé que je les aurai encore pendant trois, cinq ou sept ans, tiens. Je serai peut-être la plus vieille femme au monde, à conserver sa capacité de procréer, tiens. Je m'achèterai une caisse complète de serviettes hygiéniques (au lieu d'un paquet à la fois, en me disant que c'est le dernier), un flacon entier de ce médicament qui est sensé faire barrage un peu aux vagues rouges (à près de trois dollars le comprimé!). Tant pis, j'ai beaucoup de sang à perdre!

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