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Dans les derniers huit jours, j'ai fait à l'aller comme au retour, mille huit cent kilomètres en dix-huit heures. Pour voir la mer et le sable, là où le temps qu'il fait n'agit que peu sur la température de l'eau. En fait, la mer n'est qu'une excuse, comme le sable un prétexte. Parce que j'ai retrouvé dans cette grande maison, le clan au grand complet. Moi, la voyageuse, plus que mes frères et soeurs, qui sont pris encore avec de jeunes enfants, ou qui sont en manque de fonds ou d'intérêts pour le pays de leur enfance.
Rendez-vous du clan donc, comme à chaque deux ou trois ans, à Myrtle Beach en Caroline du Sud. Non pas le Myrtle Beach à la mode, mais le North Myrtle Beach des familles, entre le canal et la mer, entre la plage et le shopping, à voir surtout les cousins, de deux à vingt ans, se fréquenter parfaitement, parce qu'ils ont toujours été ensemble. À voir mes frères et soeurs, prendre le pouls de leur couple, constater leur vécu.
La mer est là, mais je n'y suis que le matin, pour une baignade et une promenade, surtout seule avec mon mari. Marche ou démarche de santé, mais surtout parce que je me retrouve ainsi à boucler la boucle de ma vie: par monts et par vaux, certes, mais ma place est bien là, tranquillement, à côté de mon mari, dans ces mêmes sandales qui ont foulé d'autres sols.
Sur cette plage j'ai beaucoup écrit dans ma tête, des phrases et des mots qui ne se retrouveront pas ici, non pas parce qu'ils n'y ont pas place, au contraire, mais c'est parce que, une fois écrits, dans ma tête, ou sur clavier, tout fut dit, plus rien à répéter. Ou bien si, j'écris en ce moment, et j'écrierai encore, mais d'autres mots, d'autres choses. Comme ces vagues, toujours les mêmes, ou bien d'autres?
Je suis revenue de voyage en marchant sur cette plage, des pas qui ne mènent nulle part, mais je suis revenue de dix milles kilomètres plus loin. Voilà, j'ai fait mille huit cents kilomètres pour revenir de dix milles. Certains me trouveront absurde, mais c'est ainsi. Partir pour mieux revenir, voilà tout.
Je suis revenue en conduisant à travers les montagnes vertes de Pensylvanie, les riches plateaux de l'arrière-pays new-yorkais, en évitant soigneusement les grandes villes. Dans la voiture, un petit papillon blanc, arrivé de nulle part, me tient compagnie. Je suis là, dans cette campagne verdoyante, et je pense à là-bas, à l'âpre campagne, où tout n'est que sueur, chaleur et lutte quotidienne. À mon beau-frère qui plaint un chien désoeuvré au bord de la dune, je m'entend dire qu'il est encore chanceux qu'on ne le mange pas, comme on le fait là-bas. Suis-je vraiment revenue, effectivement?
Du moins, je suis revenue dans ma lessive, mes dossiers, mon frigo vide et ma routine perburbée de l'été. Je suis revenue ...
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