13 juin 2004
La main qui aide

Un jour vaseux. Une migraine qui ne me lâche pas. Je suis muette sous cette tyrannie. J'essaie de fonctionner un peu normalement. Cuisiner fut une torture. Servir à manger, une corvée. J'ai laissé mon mari et un fils aider ma soeur à déménager. Pendant ce temps-là, je monte la garde, avec ma tête des mauvais jours, c'est plus efficace, auprès des deux autres qui entament leur semaine d'examens finaux.

Au souper j'étouffe. Servir un autre repas. Prendre des comprimés en double, pour la troisième fois de la journée. J'ai pris une douche pour me rafraîchir et puis je sors, en essayant de ne pas trop bouger la tête. Par un échange de coups de fil, mon mari a conclu l'affaire. Nous allons chercher les meubles non-essentiels et la table désirée ce soir même. Imaginez des morceaux d'ameublement dans un décor cossu, s'ils savent parler, ils diront qu'ils sont exilés dans une chaumière. Ce qu'ils ne savent pas encore c'est que je les aime de plus en plus. Peut-être irons-t-ils un jour dans la maison de mes rêves? Chut! Il ne faut qu'ils l'apprennent, leur impatience me perdra! Ces tables gigogne de bois noble, décorées à la main, et bien, si je pourrais, je les prendrais avec moi ... au lit. Pour vous dire que je ne suis pas prête à dépenser pour ces choses précieuses mais non-essentielles.

Il faut que je vous dise que j'ai eu des rapports très cordiaux avec les anciennes propriétaires des meubles, originaires du Koweit. Elles y retournent justement. Il y a ce langage de femmes que nous parlons par-dessus leur tchador et leur anglais. Elles insistent pour donner l'historique des meubles, comme on décline l'identité d'un animal bridé de race. Je les ai adoptés plus encore, alors qu'au départ, je disais qu'ils ne me ressemblent pas. Je suis sensible à la tracée des chemins qui nous font les croiser, comme je suis sensible à ce bref parfum d'un Orient qui m'est inconnu. Mais il y a un début à tout.

Ce soir, je monte toujours la garde, guettant l'appel au secours du fils qui doit rendre un travail de philo. J'allais me coucher, il était minuit passé. L'appel est arrivé par la bande. Voilà un fils orgueuilleux, perdu parce qu'il se taisait.

Je viens de passer la nuit debout avec lui, expliquant la méthodologie, en plus de la vision de ce qu'il est, d'où il se tient. Il me dit, je veux, aides-moi. Me voilà éducatrice des arts et des sciences humaines, pour les sessions à venir. Enfin, je vais pouvoir lui donner ce que les profs ont failli de lui transmettre: l'esprit de synthèse, le sens de la planification, la rigueur étudiante, et l'argumentaire. Fiou, j'ai de bons outils: c'est un garçon solide en français, qui tape sur le clavier plus vite que moi-même. Alors pourquoi ce gap entre le secondaire et le collégial? Se peut-il que j'expérimente la rupture entre le réseau collégial et secondaire, là où les profs des deux réseaux ne se parlent pas, trop occupés qu'ils le sont à s'approprier une clientèle tiraillée. Je ne sais si vous le voyez, mais moi, je sais que je viens de mettre le doigt sur ma place indispensable d'où je lance définitivement mon fils sur son chemin de vie. L'idée est que je vais voir à donner cette poussée aux deux autres aussi, en temps et lieu. On disait bien que quand l'élève est prêt, le maître apparaît. Reste qu'il me plaît bien, ce nouveau poste!

hier consulter les archives demain

retour à la page principale

1

Untitled