09 juin 2004
Le jour la nuit

Tergiverser toute la matinée! Allons-nous voter ce matin ou pas tout de suite, de toute façon nous allons le faire par anticipation, comme nous ne serons pas au pays le jour de l'élection. Mais je ne suis pas sûre encore de mon choix, finalement j'attendrai la semaine prochaine ...

Allons-nous aujourd'hui à la maison du nord ou non, nous avons bien envie de voir la nouvelle peinture sur les murs, mais ce n'est pas encore tout fait, et puis nous y allons ce vendredi. Finalement c'est l'épicerie qui a gagné. Nous voilà tous les deux dans les rayons de Loblaws à une heure creuse où on y trouve qu'une clientèle si marginale que l'on se sent perdu comme dans un autre monde. À la machine de recyclage de cannettes, nous voilà bloqués derrière un vieux monsieur qui est entrain de nourrir la machine avec deux gros sacs énormes. J'imagine qu'il ramasse des cannettes partout pour se faire un petit revenu. Et nous qui retournons une quinzaine de cannettes, et tout le temps qu'on y met, surtout parce que la machine en recrache la moitié pour une question de code-barre!

Ce soir je cuisine et sers un repas frais. Un miracle, les fils sont tous là. Ensuite nous avons parlé un peu de tout. On dirait que cela me console de la journée passée aux menus détails pas nécessairement gratifiants.

Comme je poursuis petit à petit le rangement et l'inventaire des livres, je lis un peu dans chacun d'eux. Plaisir de la découverte des phrases savoureuses au hasard de mes flâneries. Mais aussi ce plaisir primitif de tourner les pages doucement, approfondissant imperceptiblement le souffle comme pour mieux inspirer l'odeur de papier. Pour revenir aux phrases savoureuses, ce ne sont pas que des phrases bien faites, mais aussi des petites vérités, des évidences sur lesquelles l'on ne s'attarde pas. Comme une collection de moments suspendus pendant lesquels des vérités me frappent droit entre les deux yeux. Me voilà sonnée, mais charmée. Et conquise.

Ce soir j'ai longuement parlé à ma fille au téléphone. Je lui lis même des petits bouts de livres. Un moment d'intimité. Elle m'informe de ses rotations, c'est-à-dire de ses quarts de travail. Je ne la verrai pas avant de partir en voyage, mais elle sera en ville quand je reviendrai.

Ces derniers jours, on dirait que pendant la journée les heures creuses nous pèsent, alors que le soir nous calme et la nuit me remplit de projets et de pensées prometteuses. On dirait que je subis les jours et que les soirs me nourrissent pour que mes nuits soient triomphantes. Non pas dans mes rêves mais mes désirs.

Avez-vous remarqué que de plus en plus je parle naturellement de nous au lieu de moi, et dans le paragraphe précédent, je mélange le nous et le moi dans la même phrase. Je ne vais pas corriger ce lapsus grammatical, parce que cela symbolise notre vie. Notre vie imbriquée l'un en l'autre, non pas une fusion passionnelle, mais une fusion de tendresses et de vécu. Faut-il préciser que le nous implique l'occupant du côté droit de mon lit? Celui qui est dans mes souliers, comme moi dans les siens? Pour le meilleur et le pire.

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