16 avril 2004
Tout y est!

Comment raconter cette journée que je voudrai me souvenir longtemps, non pas que les faits mais les impressions, et la vibration des sens!

Dès 8h30, sur la route vers ce coin moins habituel, mes yeux captent des aperçus du fleuve St-Laurent, deuxième journée d'un soleil radieux. À 9h tapant, je fais mes prestations professionnelles, de l'autre côté de la table, on m'observe et ne se dévoile pas trop. L'on se réserve le droit de me faire languir quelques heures, peut-être pour le reste de la journée. En sortant, je suis optimiste, quoique l'issue peut bifurquer radicalement ... Il y a de ces surprises dans le métier!

À 10h, je tourne en voiture, poireautant pour ainsi dire, avant mon rendez-vous au coiffeur, pour ne pas repasser au perchoir et retomber dans les griffes du clavier.

10h30, une place libre juste devant le salon de coiffure. Je vais toujours au coiffeur, comme pour me distraire. Parce que c'est un lieu bougeant, mais un lieu d'habitude. J'y retrouve des réguliers, comme des excentrés, et un bon noyau d'employés stables, prodiguant un service égal et sobre. Coloration, shampoing, peite coupe habituelle. Je profite pour lire dans Vogue que je n'achète pas, un article sur Angelina Jolie. Intéressant. Je suis même passée au maquillage, pour une fois. Sous prétexte de photo promotionnelle par la suite, ce qui n'est pas faux, mais pas si important que ça! Du coup, je retrouve mes impressions d'il y a vingt ans, quand j'y allais une fois ou deux par semaine, manicure et tout, et que pour de vrai, le photographe attend déjà au bureau, avec son écran blanc, ses spots de lumière et son attirail. C'était l'époque où je faisais du bruit et ma marque, mais je n'écrivais pas et lisais peu. C'était le bon temps?

Aujourd'hui, mon photographe de mari fait de son mieux. Tout comme la dernière fois, je l'ai attrapé au vol, même s'il a été averti, alors il s'énerve, alors je renfrogne ... et ça paraît sur la photo! La dernière fois, mon amie-cliente trouve que j'avais l'air sévère! Me voilà qui grimace, essayant de dégeler ces commissures de lèvres, montrant ces dents, et lui qui surveille les reflets dans mes lunettes, le fond de décor, tout en essayant de se rattraper en me déridant. Ah, je ne sais pas ce que je vais avoir l'air! Puisque nous devons vite partir là! Mais avant, des nouvelles de la négociation de ce matin. Mon discours n'a pas marché, au moins, j'ai une réponse. J'informe mes clients, pour l'instant nous digérons l'information.

15h30, rendez-vous avec le nouveau maire de cette municipalité du nord. Une rencontre importante pour un dossier plus qu'important, mais c'est la première rencontre avec le nouveau maire, alors j'observe plus, j'évalue. Lueur d'espoir au bout d'un tunnel. Dans les coulisses des pouvoirs politiques dans l'appareil gouvernemental, il y a comme des interstices de fortune dans lesquelles on s'y glisse au bon temps et au bon moment. Les pragmatiques diront que c'est une question de contacts et de relations. Et moi, je parle des intérêts d'une collectivité et de gros sous. En espérant que le tout converge ...

Je continue de vous raconter ma journée qui est loin d'être terminée. Après le maire, je reviens à ma maison avec une autre personne qui est sensée de nous trouver une solution pour la terrasse qui remonte à chaque hiver à cause du gel. Voilà qu'un vent passe, un brise du printemps, l'appel du voisinage convivial, je ne sais pas. Alors que je me sentais coincée, ne pouvant pas m'investir plus dans l'aménagement de la maison que nous discutions de vendre il y a encore deux jours, mon mari et ce voisin par hasard designer-rénovateur, tiraient des plans d'agrandissement et plus encore. Je n'en crois pas mes oreilles: mon mari procède à des projets qui rendront ces lieux bien confortables. Il veut ajouter un solarium, une autre terrasse et, ultime luxe, tout un pan de mur en bibliothèque pour moi. Emballée, j'ai tout oublié de mes autres affaires de la journée. Je vivais l'instant présent. À croire que je suis là, dans mon chez-moi, à demeure. Par-dessus la clôture, j'ai même invité la voisine d'en arrière à venir prendre un verre de vin. Avec ces plans, je vois sous mes yeux, très clairement, mon parterre fleuri, le sentier japonais, le sofa d'où j'ai toute la perspective de la cour, là où je me placerai pour écrire, pour lire. J'étais emballée ...

Pendant ce temps-là, ma fille revient de son Abitibi d'adoption, conduisant seule pendant près de huit heures. Pendant la traversée de la réserve faunique de La Vérandrye, son téléphone cellulaire ne fonctionnera pas. Je n'ai pas eu le temps ou la présence d'esprit de m'inquiéter ...

Laissant la maison toute vibrante de nos idées enlevantes, nous revenons en ville. Là où nous sommes arrêtés pour manger, ce n'est pas rien: un resto-bar où, tous les soirs, viennent rôder toutes ces têtes blanches de babyboomers, au bras de quelqu'un ou seul, hommes ou femmes. L'ambiance est agréable, l'endroit respire l'aisance, la maison du nord, le condo en ville, le voyage de ski, les partenaires de golf, etc. Tout ce descriptif aurait pu nous décrire, sauf que nous sommes là à tout hasard, pour la première fois, un peu ahuris, un peu innocents. Et on ne "swingue" pas, vieux couple vieux jeu décalé!

Au perchoir, nous voilà sages comme des images. La fille arrive, tout pimpante comm si elle sortait de son bain, la route ne l'ayant même pas fatiguée. Tour à tour, tous ses frères reviennent aussi. Le perchoir est animé, le bavardage se poursuit tard dans la nuit. Chacun se dépêche de montrer à quelqu'un quelque chose, ou bien raconte une histoire, des histoires ... Le père n'en peut plus, va se coucher. J'essaie de tenir, mais ils m'ont à l'usure. Rideau sur une journée où toutes mes vies se passent, comme en même temps.

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