02 avril 2004
Douce fatigue

Virée vers les Cantons de l'Est encore. Temps brumeux et pluvieux. Le paysage a déjà beaucoup changé, en comparant à la semaine dernière. Les routes boueuses, les érables entaillés avec leur seau pour recueillir le suc, comme une décoration de circonstance. Parfois les arbres ainsi accoutrés bordent les routes sinueuses comme une garde d'honneur vite rassemblée, avec quelques trainards pas tout à fait dans les rangs, la casquette penchée, le dos mal redressé.

Val Perkins, Sugar Loaf, des noms qui sonnent "easterntownship", ces contrées très anglaises encore dans la toponomie. Nous nous sommes arrêtées, mon amie et moi, à la "bakery" pour déjeuner. J'emporte avec moi deux tartes aux fruits, des fèves aux lards et une salade au macaroni. Sur l'autre table, un très vieux monsieur examine une très vieile coupure de presse en racontant ses souvenirs doucement à un contemporain. Dehors, une faucheuse déglinguée près d'une grange inclinée dans un décor immobile comme dans un tableau. Le lac Sugar Loaf n'a pas calé encore, sa compagne de toujours, la montagne de l'autre côté observe, impassible. Sur le bord du lac, quelques cabanes d'été que les éternels tolèrent si elles se font discrètes et ne déparent pas trop. Il me semble que je suis très loin de Montréal ...

Retour dans une pluie qui se change en neige. L'heure de pointe me ramène vite à la réalité. À peine arrivée, je repars vers un rendez-vous. Ouvrir un nouveau dossier. En convenir de ses modalités. Puis je reviens au perchoir. Avec deux fils absents, nous sommes trois à ne pas pouvoir se décider sur ce que nous allons manger. C'est dans ces moments-là qu'on mange n'importe quoi ...

Ce soir mon mari tombe endormi rapidement. Je suis là à zapper pour voir des bouts de film. Mais pourquoi je fais ça, j'aurai pu dormir moi aussi, avec cette fatigue! Mais je dors mal ces jours-ci, en me tournant souvent. Les rêves viennent me troubler, je dors sans me reposer.

Dans la soirée j'ai parlé avec ma fille au téléphone. Courte conversation qui aurait pu être le bout d'un rêve. Nous sommes très loin de l'histoire de la mère et de la fille qui n'arrivent pas à se quitter et qui ont toujours une bagatelle à se raconter. Une conversation pleine de retenues, de soupirs tués dans l'oeuf.

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