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Ce lundi je stresse d'avance, la semaine sera chargée. Dès le matin je m'emploie à ce dossier de mes affaires associatives, un dossier que j'ai laissé arriver à ses dernières limites. Juste-à-temps comme on dit. Et puis je me grouille dans mon perchoir, à cuisiner ce matin même, il faut croire que je pense mieux.
Mais aussi, je l'ai déjà remarqué, il suffit d'écrire ici quelque chose, comme un constat, que tout de suite après, la chose se rectifie. Je disais que je mange mal, le lendemain, je me prend en main. La veille, je dis que je n'ai pas le goût de cuisiner, aujourd'hui, je me précipite dans la cuisine tôt. Mon journal fait office de garde-fou en plus. Qui dit mieux? Tenez, hier je disais que je roule sans répit sans repos. Voilà que mon mari me dit qu'il s'en va à notre maison du nord pour voir si tout va bien. Je tergiverse: "Quoi, sans moi?" - "Oui, avant que quelque chose ne surgisse!" Je tiraille et tiraille, finalement je confie les clés d'une maison à un collègue, avec note spécifique de me les ramener dans la boîte aux lettres et je pars moi aussi, après un tour d'horizon mental des affaires en cours!
Escapade donc, sous un ciel de printemps, les neiges bien fondus, la route fluide. Plus de trois semaines depuis la dernière fois où j'avais fait un formidable tête-à-queue. Dans mon refuge du nord inondé de lumière, j'ai retrouvé ma quiétude. En quelques minutes, on voit bien que tout est en place, l'eau, le gaz, le bois. Les tulipes commencent à percer dans la plate-bande en avant, alors qu'en arrière, le patio est toujours couvert de neige. La grande boîte de bois qui sert à tenir les détritus hors de portée des bêtes a émergé du grand talus enneigé. Avec la neige qui fond, sur le fond qui en reste, se ramassent tout le sable et la pierraille qui font office de déglaçage en hiver. Ce qui rentre dans la maison, ou le perchoir, avec nos bottes et ce que l'on ramasse constamment pour ne pas égrafigner les planchers. Signe indéniable du retour du printemps, la lessive flotte sur la corde à linge de la voisine d'en arrière. Et, venant de je ne sais pas où, faisant écho sur le flanc de montagne, dans l'air cristallin, me parvient la voix de quelques enfants qui jouent et d'une mère qui les surveille.
En bref, mon mari fait le tour de sa maison, mange un peu et fait une longue sieste avec sa musique qui remplit la maison d'un accord joyeux. Et moi je me fais un bon feu, mange un peu, corde du bois derrière la maison et roupille sur mon fauteuil en attendant que le feu s'éteigne. La grande détente quoi! Puis nous rentrons doucement. Les fils mangeront le riz frit que j'ai préparé ce matin. Nous nous arrêterons dans un bistrot pour manger, mais en fait c'est pour jouir encore un peu plus de cet escapade improvisé.
Ce soir nous rassemblons les fils autour de la table pour une pause-mangue (mangues fraîches à profusion). Nous bavardons un peu, sur les sens du mot "innocence" et "mélioratif", mais nous le sentons à fleur de peau, les défaillances de motivation chez certains des fils. La formation académique c'est dur pour mon plus jeune, pour son frère, il manque toujours l'aspect pratico-pratique si utile aux garçons. Dans un temps où tout le monde décrit le décrochage scolaire et la moins bonne performance des garçons, me voilà avec trois, à l'âge des distractions, trop jeunes pour s'assumer encore, mais trop vieux pour que nous puissions jouer de l'autorité. Alors nous essayons la persuasion, tout en guettant les moments propices à une quelconque influence, conscients de ramer toujours à contre courant, ne perdant pas de vue que nous avons de bons garçons attachants, malgré leurs fautes d'ortographes, ou leurs difficultés à garder le focus sur les études qu'ils n'arrivent pas à justifier le sens.
L'autre jour, mon fils me parle d'un cours de reliure de livres. Je ne sais pas où il a péché l'idée. Que voulez-vous qu'il fasse avec ses cours de philo, de psycho, de socio? Les professeurs ont-ils complètement loupé l'initiation à ces matières si fascinantes, pour qu'il ne bute qu'à des travaux à remettre ou des examens à se casser la gueule?
Ils sont repartis vers leur chambre respective, mais je sais que les choses ne resteront pas là. Quoi dire? que faire? Leur soeur sera en ville la semaine prochaine, pour un mois, sera-t-elle d'aucun secours?
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