28 mars 2004
Sans repos ni répit

Avec la journée d'hier, et la nuit, je me suis levée comme si je suis couchée encore, c'est-à-dire, éteinte. J'aurais dû abuser de caféine, de théine, d'oligoéléments, je ne sais plus. Je me suis levée au moins, douchée, habillée, rendue chez des clients pour un dossier important. Quand la cliente me demandais si je suis fatiguée, j'ai répondu que j'essayais de penser, ce qui n'est pas tout à fait faux!

Cet après-midi encore, travailler debout, avec des talons hauts, trois heures plus tard, en me libérant de ma tenue de travail, je sens venir enfin, un parfum de dimanche, alors que le soleil décline déjà. Qu'importe! Dimanche c'est plus que la longueur du temps, c'est un état d'esprit!

Seulement, je n'ai pas l'esprit à cuisiner du tout. Ce soir, les fils mangent des restants. Et nous allons faire un tour chez mes parents, voir la famille de la soeur et celle du frère qui n'étaient pas chez moi hier. Et la famille du cousin encore. Je sais bien que pour les prochains mois, le cousin sera invité partout, dès qu'il y a rencontre de clan. L'occasion aux petites-filles de se laisser apprivoiser, à leur mère d'avoir un peu de répit ... Et moi qui se démène, je ne me sens pas responsable d'eux, mais je sais que je suis une référence pour eux dans leur processus d'intégration.

Ce matin, dans le brouillard de ma fatigue, j'ai entamé "Le livre d'un homme seul" de Gao Xingjian. Ce n'est pas léger, mais reposant, non pas comme lorsque l'on feuillète un roman à l'eau de rose pour se distraire, mais lorsque l'on veut échapper à l'ordinaire, tout en se tenant à des références culturelles qui trouvent écho en soi. Le livre commence ainsi: "Il n'a pas oublié qu'il a eu une autre vie. ..." Dans le fond, c'est toujours excitant de revivre son autre vie, n'est-ce pas pourquoi nous aimons nous rappeler des souvenirs, des expériences passées, d'autres vies, d'autres mondes, ...

Pour l'instant, on dirait que je redécouvre ma présente vie dans sa réalité la plus terre-à-terre. La redécouverte est motivante dans toutes ses promesses de réalisation. En quelque part, je ne me dissipe plus, par monts et par vaux, dans les rêves de changer le monde. Retrouver sa modestie et ses limites, pour redécouvrir la grandeur des petits gestes. Je sais, j'ai l'air de me contredire, mais je suis si absorbée dans ma bulle. Sans répit et sans repos, mais heureuse de l'être.

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