25 mars 2004
Le tour des cantons

Un peu de grisaille, un peu de pluie, un peu de neige, combinaison parfaite pour le tour des cantons et pour apprécier les monts et vallées bucoliques. Mon mari conduisait, j'étais en arrière, notre amie-cliente-navigatrice en avant. Je picorais dans mon paquet de dattes séchées, tout en admirant le paysage. Sur les flans de Owl's Head, je traite quelques affaires, dans une authentique et surannée Reilly's House je mange une soupe-maison, un sobre sandwich et un pudding-chomeur.

Puis nous repartons sur la route panoramique vers Sutton. Ah, j'aurai habité cette petite maison là dans les champs battus par le vent, ceinturés de montagnes. Cette clôture aux piquets négligemment inclinés attire le regard et donne envie de la suivre vers l'autre versant de la colline. J'imagine mes pas, juste à côté, bien enfoncés dans la neige, des pas vaillants, des pas de pionnière, moi qui en a l'âme, je crois.

Nous n'arrivons pas à croiser la route d'une habituée du coin, les détours des cantons sont réfractaires aux ondes cellulaires. Chassée-croisée des messages sur boîte vocale, mais tout va très bien. Mon bain de paysage n'est que le bonus, puisque je suis ici pour faire des affaires qui sont en bonne voie. Sur le chemin du retour, nous combattons l'assoupissement. tout va bien.

De retour au perchoir, très vite, nous remarquons l'absence du cartable de cuir noir de mon mari, oublié au Reilly's House. Ronde de téléphone, mais le petit café-centre communautaire-info touristique est fermé. J'imagine les vieilles dames retournées dans leur demeure respective pour le five o'clock tea. Qu'est-ce qu'elles ont à faire du monde surexcité des affaires, semant leurs paperasses et leurs dossiers sur le sentier de guerre déguisé en petit poucet. Mais je sais que le cartable est en sécurité chez elles assurément.

Course contre la montre pour finaliser les rendez-vous de demain, pour faire un autre bon souper aux fils, puis nous partons pour le théâtre. Dans la voiture, le téléphone n'arrête pas. Distrait mon mari se dirige vers la Place des Arts, alors que nous allons au Rideau Vert. Nous remontons le boulevard St-Laurent dans l'encombrement du jeudi soir. Nous arrivons juste à l'heure, c'est-à-dire que je disais à quelqu'un que je dois couper court à notre conversation, fermer mon téléphone pour les prochains deux heures.

"Des roches dans ses poches" avec deux comédiens, Emmanuel Bilodeau et Bernard Fortin, qui joue tous les personnages. Du vrai théâtre avec très peu de décor. Sur fond de scène, un paysage de collines et de vallées. On dirait les cantons, non pas les cantons de cartes postales, mais les cantons des sans-nom et sans-avenir. L'envers du décor donc. Ce ne fut pas incongru, puisque les comédiens étaient superbes.

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