23 mars 2004
Retrouver la patience

De faire de bons sandwiches aux fils hier soir, et encore ce soir.
De lancer toute cette série de coups de fil vers les Cantons de l'est, pour une expédition après-demain.
De fouiller frénétiquement sur la toile à la recherche de pistes et d'indices sur l'Estrie que je ne connais pas.
De parler longuement avec mon amie de Québec de tout et de chacune de nous.
De patrouiller encore et encore, de fils en mails, d'un moment à l'autre, pour relier les uns et les autres.
D'aller à cette rencontre pour tenter d'élever cette relation à un plateau supérieur, sans succès.
De faire mes emplettes sous cette nouvelle neige folle, avec ce regain de zèle pour bien nourrir les miens.
De cuisiner et de tendre l'oreille pour guetter les bruits de pas, afin de servir plutôt chaud que froid.
De repartir vers une nouvelle cliente, visant trop juste, l'atteignant au coeur, l'épatant de mon doigté.
De prendre la partie adverse par effet de surprise, ou par des questions si directes qu'elles portent fruit.
De ne pas abuser de mon pouvoir d'influence.
De comprendre mon nouveau dossier en tout, et non en partie.
De voir aux intérêts de ce client pour toujours, et non pour tout de suite.
De répondre à un appel catastrophé.
De se montrer rassurante, sans excès, lucide, sans a priori.

Et surtout, d'avoir attendu tous ces derniers mois, années (?) pour retrouver la patience et la passion de ce métier plus que souvent ingrat. Car la passion de ce métier tient à une patience, non pas à l'esprit d'indépendance, ou le défi au coin de la rue, ou l'irrégularité des heures de travail. La patience que j'avais perdu par usure, par distraction, que sais-je.

Cette mixture fait de quotidien et de patience, composée de mille gestes mais d'un esprit fixé à l'instant présent, est ce que l'on appelle le zen je crois. Il consiste à trouver l'essence des jours, sans chercher. C'est cela, trouver sans chercher. Quand aux ambitions suprêmes, elles s'étalent sur plusieurs vies. C'est parce que l'on essaie d'en réaliser plusieurs dans la présente vie, que l'on s'impatiente sur le passage du temps, que l'on saute du coq-à-l'âne, que l'on devient insatisfait de ce que l'on a, en oubliant les bienfaits de ce que l'on a acquis, presque trop désinvoltement, puisque nos yeux sont portés ailleurs.

Il me faut attendre (non, pas attendre, mais garder cet esprit fixé à l'instant présent) encore un certain temps, pour valider cette vérité que je viens de toucher du bout des doigts. Mais voilà, à ce moment même, c'est mon bout d'éternité!

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