20 mars 2004
Me voici!

En forme, en verve, mais surtout, concentrée sur le retour au travail dès demain. Mais avant, j'ai déjà fait le tour de mes sites préférés et vider la boite à mails qui est remplie de prospectus de tout genres. La boite aux lettres aussi est pleine, et l'évier, et le panier à linge sale, etc ...

Je suis revenue de "Sin City" en un seul morceau presque pas corrompu! J'étais partie le 16 aux aurores. Dans mon carnet, j'ai noté ceci: "Casser un ongle, poster une contravention (en retard, avec le chèque, bien sûr)" et puis: "Les vacances commencent au resto-bar Altitude à l'aéroport de Dorval" J'aurai dû noter aussi que j'ai oublié d'amener le seul livre prévu pour le voyage: "Le livre d'un homme seul" de Gao Xingjian. Je n'ai pas lu ou écrit depuis cinq jours et déjà je choisis, modifie et change l'entrée en matière de cette page. C'est le décalage sûrement.

Le 16, envolée agréable, malgré l'escale à Toronto, nous sommes trop vite atterris dans le soleil du Nevada, à faire des pas hésitants dans la chaleur. Le beau-frère qui nous reçoit dans sa suite d'hôtel est occupé par son "trade show", mais nous laisse un mot de bienvenue et une caisse de bière au frigo. Au "Fashion Mall" toutes les griffes et les grands noms sont représentés mais je ne paierai pas ce genre de prix pour un maillot de bain parce que je n'avais pas ramené le mien de la maison du nord. À la place, j'ai acheté une crème à l'aloes vera dans ce kiosque au milieu d'une allée. Et nous faisons le zèle de ne manger que la moitié d'un sous-marin chacun. La suite dira que cette rigueur sera vite abandonnée ... De petits billets verts passent dans d'innommables machines à sous sans possibilité de retour. Nous n'avons pas l'entrain des découvertes! Ces grands hôtels à thème, cette mecque du désert vers laquelle des avions pleins convergent ne nous surprennent plus. Surtout, mon mari ne fait même plus l'effort de s'amuser en casino, alors que je compose bien avec le cliquetis, les oh et les ah et les vagues de foule. Il y a bien ce Guggenheim Heritage Museum installé dans l'élégant hôtel Venitian mais je n'y suis pas allée, Monet me semble un peu pâlot dans cet écrin. Et le raccoleur debout à l'entrée, distribuant brochure avec coupon-rabais détachable, n'est pas différent (malgré son uniforme) de ces autres allignés aux intersections de la Strip qui font claquer les coins des brochures ou des cartes promotionnelles de ces dames aux longues jambes et croupes rebondies. Souper au Caesar's Palace, le Colosseum de Céline Dion où nous serons le 18 est immense. Le Rome des Las Vegans (expression entendue à la télé locale) est encore en construction, un faux mausolée le long de la Strip, mais aussi, des boutiques encore pour Chanel, Armani, Versace et les autres ... Faux et vrai se côtoient harmonieusement je trouve, parce que les complexes sont balayés sous le tapis depuis longtemps. Il n'y a plus que le marbre (vrai) et l'argent (vrai aussi), et les rêves, aussi vrais que possible.

Le 17, après le déjeuner, je pars seule avec la navette de l'hôtel vers le premier casino sur son chemin. Plaisir solitaire sur des machines à 5 cents qui me bouffent quand même des billets, avant que j'en retrouve certains, après avoir consenti à y envoyer d'autres billets retirer du guichet automatique. Je vois comment on peut y laisser sa chemise! Ces machines produisent ensemble un effet hypnotisant étrange. Jusqu'en début d'après-midi quand mon mari et ma soeur m'ont rejointe, je me suis amusée follement, uniquement avec un ilot de six machines que je semble comprendre et apprivoiser. Côté casino, je peux repartir maintenant, satisfaite. Mais en après-midi, je me suis jointe à ma soeur qui s'y connaît, sur une table de black jack avec mise minimale de 15 dollars, rapidement j'apprend le geste d'une désinvolture étudiée de celui qui veut tirer une autre carte ou pas. Bref, une carte de trop ou de moins, nous avons gagné chacune plus de cent dollars ... que je ne saurai garder le lendemain, l'avenir est déjà écrit d'avance!

Un de mes frères et sa femme nous rejoignent, en voiture de Los Angeles. Je refais la même marche sur la Strip, la même visite aux boutiques des hôtels, mais avec le regard neuf de ma belle-soeur qui y est pour la première fois. Ce qui est agréable jusqu'à ce que nous débouchons sur le coin populeux de l'hôtel New-York, avec les fêtards de la St-Patrick, la malbouffe, etc.

Le 18, réveil lent, échanges décontractées entre le mari, le frère et le beau-frère, mais aussi la soeur, la belle-soeur et moi-même. Ensemble en vacances, sans les enfants. C'est presque irréel. Nous visitons encore les beaux hôtels pour la belle-soeur. Le soir nous allons au spectacle de Céline Dion. À l'entrée, ils confisquent tous les appareils-photo. À la première rangée du premier balcon, nous attendons le début du spectacle qui a retardé d'une demie-heure. Sans explication, comme une entrée volontairement attendue de la diva. Une heure trente minutes de chants, d'acrobatie et surtout d'une mise en scène à la touche Franco Dragone. Céline Dion ne déçoit pas, mais le spectacle est fait pour durer, comme une recette bien dosée. Le multimédia y joue un grand rôle et c'est ce qui me séduit le plus. Avec les jumelles j'ai pu voir les mimiques de la chanteuse, son gestuel et ses galopades à travers la scène. Mais elle ne descend pas du haut des airs comme on me le disait de Montréal. À la fin, quand le générique se déroule sur le très très grand écran, ce qui impressionne le plus, c'est le nom de québécois partout, à tous les postes, que ce soit de danseurs, musiciens ou de production et de logistique. L'entreprise Dion-Angelil est bien un rêve réalisé.

Le 19, la température fait dix degrés plus haut que la normale. Nous partons pour le Grand Canyon. Au souvenir de ma tournée en Cessna survolant l'Amazonie au Vénézuéla, il y a dix-sept ans, je bourre mon sac à main du minimum de survie, et je traîne mon blouson, trop léger pour Montréal, mais trop lourd pour Las Vegas. Je ne sais pas quelle température il fait dans le fond du Canyon. L'hélicoptère est rouge, le pilote agréable, un temps superbe. L'équipage au sol a placé ma soeur et moi en avant, à côté du pilote. Elle est au centre, je suis à sa droite. Ma première fois en hélicoptère fut très douce, très agréable. Survoler Las Vegas qui reçoit six milles nouveaux résidents par mois, pour avoir été pris dans ce traffic, c'est presque irréel. Nous avons survolé aussi le barrage Hoover, le lac Mead et ce désert presque inhabité. Étonnamment, nous n'avons pas eu peur. Chacun nos écouteurs, nous sommes coupés du bruit que ça fait. Courant au sol, l'ombre de l'hélicoptère est toute petite. Ce qui impressionne surtout, c'est les traces d'anciens cours d'eau asséchés serpentant au sol, et la rivière Colorado déviée, et la trace de 70 pieds de niveau d'eau en moins dans le grand bassin du lac Mead. Sur le bord du lac, avec 70 pieds de calcaire blanc, les montagnes et falaises ressemblent à des dents aux gencives déchaussées, démarcation surprenante pour une eau turquoise vertigineuse.

Nous traversons le Rim, volons entre les parois crevassés, et nous nous posons enfin au fond du Canyon où coule une rivière chargée de limon. Le pilote sort un "cooler" d'où il extrait nos paniers à pique-nique individuels. Mais avant, il nous sert à chacun une petite coupe de mousseux. L'entreprise est commerciale, ne l'oubliez pas. Nous sommes très loin des chevauchées du Far-West, ou même de Clint Eastwood, le cowboy solitaire cinématographique. Nous posons pour des photos ... avec les cactus! Les petits suisses gris sont trop vifs pour être surpris. Autour de nous, les montagnes en imposent, mais pas autant que le parc des Hautes-Gorges en Charlevoix.

Au retour, la route est différente. Je réalise que nous volons vite et haut. Monter et descendre 4000 pieds d'altitude, notre corps le ressent alors que nos esprits ne le réalisent pas. Je croyais que nous allions tomber au bord de ce précipice. Mais non. Au-dessus du lac Mead qui est plus grand même que le lac Supérieur, dans cette cabine très vitrée, je me sentais assise dans le vide que je n'ose regarder. Je me suis tenue à une poignée, même si je suis bien sanglée. Le pilote se tait, sous le soleil, nous sommes presque assoupis! Une sieste coûteuse au-dessus du Canyon!

Après une vraie sieste à l'hôtel, le beau-frère nous surprend en louant une décapotable blanche. Nous descendons la Strip, cheveux au vent, tout ce qu'il me manque c'est une crevasse plongeante entre les seins. À mon mari, il manque le cigare au bec et un épais portefeuille! Le monde environnant s'en fout, n'est-ce-pas, que je n'ai pas lu ou écrit depuis quelques jours, etc. Du contenant, s'il-vous-plaît, le contenu, connais pas! Étrangement, de cette parade sur la Strip, j'ai retenu une chose: le rêve est permis! Que me reste-t-il encore de rêve à réaliser?

Voilà, le Canyon en hélicoptère et le spectacle de Céline Dion faits, nous sommes prêts pour repartir demain. Il y-a-t-il encore une raison pour revenir à Las Vegas une autre fois? Non et oui. Non théoriquement, mais oui peut-être, pour du plaisir facile et bon enfant! Un plus grand hôtel encore, 7000 chambres est en construction, et le monorail à travers la ville est presque opérationnel, et les spectacles du Cirque du Soleil, une autre entreprise québécoise.

Ce matin, très tôt, le beau-frère nous amène à l'aéroport. Une foule monstre retourne à leur quotidien. Escale à San Francisco. Retour à Montréal un samedi soir où mon autre soeur et son mari viennent nous cueillir. Retour au restaurant chinois habituel. Nos fils ne sont pas là en comité d'accueil. Au perchoir, tout traîne. Sans se consulter, mon mari et moi effaçons les traces de notre absence. Gros lavage, petit ménage. Je suis restée sur l'heure de Las Vegas, avec mon regard décalé. Mais très bientôt, je retrouverai les dimensions du quotidien ...

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