06 mars 2004
Petit samedi doux

Douce journée et petits pas dansants. Enfin, c'est comment je me sens! De fait, nous avons simplement été récuper mes vêtements chez la couturière. Des vêtements neufs que je ne pourrais pas porté, même si c'est de taille petite, puisque je suis plus petite encore! Petite mais pas menue, ne vous trompez pas! Je suis tout à fait madame, quinquagénaire, rondelette ...

Et j'ai réussi à entraîner mon petit mari aux emplettes. Je ne voulais plus qu'il porte son manteau de cuir usé, à la poche trouée et réparée au "docktape". Il crânait que le printemps est pour bientôt et qu'il portera son imper à la place. L'an dernier, je lui ai même acheté un manteau qu'il a carrément retourné au magasin, au lieu de l'échanger pour un autre s'il préfère trouver à son goût! Bref, je lui ai dit que j'irai en acheter un autre et je jetterai la facture, comme ça il sera bien obligé ...

Nous voilà dans une fabrique de cuir. La vendeuse est grande, grecque, toute frisée, volubile. À côté, j'essaie de me faire plus petite encore pour qu'il se sent plus libre de prendre ce qu'il veut. Comme d'habitude, il achète vite, mais il porte bien le prêt-à-porter. Nous sommes même retournés au perchoir pour aller chercher ses trois autres manteaux de cuir qui seront enfin réparés, revampés, etc.

Cela a l'air bien anodin, bien domestique toute cette histoire, mais de l'intérieur, c'est une petite victoire. Lui et moi, nous sommes toujours investis de toutes parts pour les autres, en temps, énergie, déplacements, etc. Lui se permet des gadgets électroniques, moi je me permet des livres, quand aux fringues, nous sommes classiques et effacés, peu excentriques et peu dépensiers. Alors voilà, aujourd'hui, nous nous sommes occupés un peu de nous-mêmes.

Ce soir, j'ai fait un repas pour les fils, puis nous sommes allés faire un tour chez ma soeur de Longueuil. Ils viennent de revenir d'un voyage de ski à Banff, nous partons pour Las Vegas dans une dizaine de jours, mon autre frère part à Phoenix demain. Alors que je lançais à la blague: "Quand est-ce que je vais aller avec toi?", il me regardait en disant: "En avril!" Mon mari disait: "C'est bien parfait!" Ma soeur ajoutait à mon intention: "Je vais avec toi!", et à l'intention de mon frère: "Précises-moi la date, il faut que j'utilise mes points aéroplan!" Tiens, tiens, j'aimerai bien, en tout cas.

Indéniablement, la soirée fut agréable. Mes petits neveux jouent bien au piano. À l'écran, Schumacher a encore gagné au Grand Prix. En haut, dans la grande chambre, un de mes fils regarde le match de hockey. Dans la chambre des petits neveux, mon plus jeune fils (il va bientôt avoir dix-sept ans quand même) et son autre cousin (de dix-sept ans aussi) sont entrain de jouer avec les petits bonhommes des plus jeunes en chantonnant de la musique de séries télévisées pour enfants. L'innocence et l'harmonie règnent.

Petit samedi doux aussi, le savez-vous? C'est parce que dans un vieux couple comme le nôtre, il y a aussi ces moments tranquilles où un certain regard, un geste effleuré survient, comme prélude à des instants plus intenses qui viendront plus tard ce soir, ou demain, rien ne presse, puisque nous avons la vie devant nous. La notion de rendez-vous manqué en cette matière, je ne connais plus depuis longtemps. Chanceuse!

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