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Dimanche matin, à - 20 degrés celsius, nous n'étions plus dans notre lit. À la place nous étions déjà sur la route, lui vers des clients plus à l'est, moi vers un nouveau dossier vers le nord. J'étais pressée, je roulais vite. Le compteur de vitesse à l'oeil, le téléphone dans l'autre. J'ai gardé mon manteau de fourrure qui, au contact du froid s'anime. Quoi de plus logique que de s'emmitouffler de peaux! C'est mon petit béret qui est devenu trop mince. Mais je me sens en vie.
Vers le nord donc, j'ai volé dix minutes plus vite que d'habitude. Avec les clients, j'ai passé plus d'une heure. Il a fallu que des coups de fil de nulle part aboutissent là, pendant cette heure-là. Mais je ne pouvais pas ne pas les prendre ... Et puis une demie-heure dans ma maison du nord, rien que pour retourner les appels, et constater un dégât d'eau dans la salle de bain en-bas. J'étais là, dans la fenêtre, à admirer un ciel bleu glacial, des montagnes de neige blanc aveuglant, et une fumée qui s'échappe paresseusement de chez le voisin. Je ne me souviens pas de m'être assise. Puis j'étais repartie vers la ville où m'attendait un autre client. Coups de fil sur coups de fil. Le froid, la circulation fluide et rapide, malgré les plaques noires de glace. La vie nordique à son apogée. Il faut bien affronter ce qui se présente et avancer. Avancer. En brassant bien, l'air ne semble plus stagner, pas un brin d'herbe, mais le souffle de vie qui s'échappe des pots d'échappement des voitures, de ma bouche quand je parle. La vie, le mouvement quand même dans la froidure.
Ma nouvelle semaine de travail est déjà commencée. Mais ce soir, nous étions douze à table, dans ce restaurant avec musique et chanteur. Je suis presque comme parachutée là, sans préparation. La musique est trop forte, mais le rôti de boeuf excellent. L'ambiance se réchauffe, mais j'hésite d'investir la piste de danse. Avant de céder à l'insistance de mon mari, pour danser mieux que je n'ai jamais fait, comme ça, à froid. Parfois, je ne me comprend pas!
Ou plutôt, si, ma tête m'entraîne trop là où mes pieds ne fréquentent pas. Parfois je n'habite plus où je suis, quitte déjà, là où je suis encore, ou arrive, là où je ne suis pas encore accueillie. Et puis je concilie le tout, comme je peux, alliant le neuf et le vieux, l'urgent et l'important, ... Alors de temps en temps, je me décourage toute seule. Avant de ramasser mes cliques et mes claques, pour cheminer encore un peu. Soudain, comme si tout a été clair. Ou bien que tout a été toujours clair, sauf que je me fais des peurs parfois. Enfin, vous êtes encore plus confus qu'avant que je ne me met à m'expliquer n'est-ce-pas?
Bref, j'ai repris le nom du monde de Sally et réécrit mon introduction. Je ne sais pas si mon chemin sera plus clair où votre lecture plus légère, mais voilà, j'en avais envie du gâteau, pour ne pas se sentir au château, ce qui est moins pire que de se croire dans une tour d'ivoire! Il me semble que je fais beaucoup pour me convaincre que je ne suis pas seule, où que je suis!
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