24 janvier 2004
Au pas de ma porte

Au pas de ma porte, je suis réapparue. Un peu ébouriffée, un peu pincée. En pyjama, ou presque. Puisque je suis allée à la réunion du Têt, chez mes parents, en tenue de tous les jours. Alors que mes soeurs viennent, qui en tenue de soirée occidentale (le noir mélodramatique oblige!), ou en tunique traditionnelle (rouge pour la fête et la chance!). À mon arrivée, comme j'avais l'air un peu grippé, mon père me sert un Dubonnet, ma mère, en profite pour y verser une concoction supposément d'os de tigre (si,si!) sensée me soulager de l'arthrite. De force, ma mère m'installe dans son lit avec une bouillotte, si je ne m'exécute pas, elle court faire une deuxième! Vous imaginez bien que je me suis laissée faire et j'ai repris ma tête normale au plus vite! Se faire dorloter par sa mère, à mon âge, c'est d'un luxe et d'une chance!

Mais j'ai travaillé ce matin, au grand froid. J'étais si gelée que je n'arrivais pas à me réchauffer, même à l'intérieur, à coups de café et de thé. Pour partir ce soir, j'ai sorti des boules à mites, mon vieux manteau de fourrure de vison couleur sable, avec col de renard argenté. Un manteau qui a connu des jours meilleurs et qui a jauni. Et il a bien servi ce soir. J'ai un petit air de déclin, mais au moins j'ai chaud!

Nous étions comme d'habitude une trentaine, pour manger un buffet qui nourrirait bien le double! Une nourriture savoureuse, des petits pieds en forme comme d'habitude, leurs parents les suivent, de leur mieux. Salut aux ancêtres, voeux et échanges des petits enveloppes rouges. Ma mère insiste pour que nous mangions du melon d'eau bien rouge, pour la chance bien sûr. Un melon bien rouge, sans pépin, mais fade! Vous devinez ce qu'elle a fait? Discrètement, elle a saupoudré les morceaux de melon bien coupés d'aspartame! Ni vu ni connu!

Cette année, mes trois plus jeunes soeurs ont particulièrement soigné leurs voeux aux parents, comme à leurs trois frères. Elles ont de l'énergie et le vouloir de maintenir l'harmonie familiale. Mon plus jeune frère et son épouse, très traditionalistes, ont fait leurs voeux aux parents dans les règles, c'est-à-dire, à genoux tous les deux, devant les parents, pour leur conciliabule! Il en résulte que les voeux des enfants et la distribution des enveloppes aux enfants furent plus simplifiés, alors que les échanges privés entre les adultes ou avec les adolescents deviennent des moments privilégiés qui causent quelques larmes à la suite des mots de grande sincérité et de vérité.

Nous sommes rentrés nous coucher au perchoir, laissant deux fils avec leurs jeux de cartes et leur promesse de nuit blanche, non sans leur rappeler que le Têt en ce pays de froidure, un 24 janvier, signifie que l'école est réelle et que les festivités sont symboliques! Eh oui, au prochain Têt donc!

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