23 janvier 2004
Sur le seuil

Aujourd'hui j'ai fermé les portes, de mes yeux, de ma bouche, de mon coeur. Une sorte de déménagement sans laisser d'adresse. J'ai bien sûr posé quelques gestes faisant partie du strict minimum, comme sortir les vidanges avant qu'elles ne puent (non, je n'ai pas sorti les vidanges vraiment, c'est au sens figuré!), comme mettre un peu de nourriture dans la bouche, ce que j'ai sous la main, et me farcir de télévision. La tête est ainsi plus vide. Plus lourde à porter aussi. C'est que le plein + le vide = plus plein encore. Puisque le vide ne remplace pas le plein, le contraire non plus.

Il me reste une nuit de portes closes. Demain, le clan se réunit pour le Têt. J'ai besoin de me recomposer, aussi, je pense enfiler une áo dài, tunique viêtnamienne que je n'ai pas porté depuis vingt-cinq ans. Mais je ne sais pas si je le ferai. Ce geste incongru va surprendre, même dans le clan, et je ne suis pas sûre que j'ai l'énergie de le faire avec désinvolture. J'ai toujours eu à croire au sens des gestes avant de les poser. Mais pourquoi je me complique la vie ...

Ce n'est pas très confortable quand on se sent désincarné. Comme dépossédé. De soi-même, par soi-même. Comme au bout du rouleau. Au bout d'une route. Je suis lasse de me répéter, d'expliquer, de dire. Je suis surtout lasse d'être déçue.

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