10 janvier 2004
Aventures dominicales

Comme une peau de chagrin, les projets de mon fils, l'intrépide, de squatter ma maison du nord pendant trois jours, avec seize autres de ses compagnons d'armes, ont abouti à un groupuscule qui se compte sur les doigts d'une seule main. Ce groupuscule des irréductibles donc, se sont retrouvés au perchoir très tôt ce matin, sans moyen de transport, sans plan de rechange, négociant tout juste une journée sur les pentes de ski, voilà tout. Nous avons vu venir leur difficulté pour coordonner le tout depuis hier, mais, froidure aidant, les défaitistes n'ont peut-être pas tort ...

Mon mari leur a servi du chocolat chaud et des pains au Nutella. Et moi je les conduisais à leur pente de ski, bien cachée sous mon long manteau de cachemire et mon gilet de fourrure. À -30 degrés celsius, ils étaient peu nombreux sur les pentes. Mais le ciel était tout bleu et la neige crissait sous mes pas.

Alors que j'étais seule dans ma maison du nord, entretenant deux feux de foyer, faisant cuire des ailes de poulet en même temps, le détecteur de feu s'est déclenché. Je n'ai rien brûlé, mais peut-être parce que j'étais seule et que l'air stagnait, il m'était impossible de chasser les vapeurs en moulinant du bras équipé d'un linge à vaisselle. J'ai dû trouver une chaise, grimper dessus, en haut, dans le passage menant aux chambres, et débrancher la pile, tout en me mettant en garde pour ne pas dégringoler dans les escaliers!

Quinze minutes plus tard, alors que je répondais au téléphone d'une main, une grosse bûche a dégringolé d'elle-même, hors du foyer, sautant les rangs de céramique devant l'âtre, pour aboutir sur le plancher de bois franc, crachant fumée et tisons! Alors que je ne voulais pas couper court à mon coup de fil, tapant de l'autre main sur la bûche avec mon tisonnier, le deuxième détecteur de fumée s'est mis à hurler à voix stridente. Au même moment, mon mari arrivait, comme tarzan à la rescousse, ou comme papa faisant les gros yeux à petite fille qui est entrain de tout gaffer, dès qu'il avait le dos tourné!

Pas besoin de vous dire que j'avais mal à la tête ensuite! Mais l'après-midi s'est très bien passé. J'ai longuement bavardé avec une de mes soeurs. Nous avons cuisiné très peu, elle avait fait un phở pour midi, j'avais mis au four une lasagne pour le soir. Puis mon mari est allé chercher les skieurs, nous avons mangé et bavardé agréablement jusqu'au retour en ville. J'étais seule dans ma voiture pour revenir, avec la chaîne fm de musique classique. Tout haut dans le ciel noir, une lune presque pleine me guide et m'accompagne jusqu'au porte de la ville, où, je l'ai égarée derrière ces hauts bâtiments sombres et glacés ...

Au perchoir, qu'est-ce qui m'attend? Certainement pas les deux autres fils bien pris dans leur propre train-train. Il me reste ce clavier pour affiner Montréal urbain et consigner ici mes couleurs du jour. Sur ce clavier, l'aventure est plus vaste que la navette entre ville et campagne, plus rouge ardent que la bûche rebelle, plus durable qu'un feu de foyer, et bien plus intéressant qu'un jeu de solitaire!

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