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C'est bien la première fois que je fais ce que je suis entrain de faire: écrire d'avance une entrée! Sur un sujet qui me taraude, pour ne pas le diluer demain (j'écris bien la veille du jour affiché, là!) avec le cocktail de quotidiennetés. Mais, allons droit au but ...
Cette question identitaire, réduite à un combat entre mes deux prénoms: Sally ou Ngoc-Lê. Je vous disais, au fil de ce journal, que jusqu'à il y a moins de deux ans, j'étais heureuse, totale et complète en Sally. Malgré tout, sur mes papiers officiels, je suis toujours Ngoc-Lê, plus Ngoc-Lê que Sally. Alors que socialement et professionnellement, je ne suis que Sally. Mais le combat n'y était pas, l'une et l'autre se côtoyaient complémentairement, simplement.
Au cours de ce voyage de retour aux sources en 2002, on m'a lancé sur les genoux, la Ngoc-Lê de mes racines, et même, la Lỵ ou la Xá-Lỵ pour les intimes. Crise identitaire, choc des "moi", que sais-je? mais encore, lors de ce voyage, la cohérence s'explique, il y a l'ordre chronologique des choses. Il y a l'avant et le maintenant. Vers quel futur je me dirige, je ne le savais pas ...
Au retour du voyage, en renouant avec les anciens de mon lycée, à ceux-là qui ne me connaissaient pas personnellement, il y a trente-cinq ans, j'ai pu introduire et imposer la Sally telle que vous la connaissez. La cohérence fut sauve, j'étais heureuse, totale et complètement en fusion. Mais depuis, surgissent des anciens de mon université, ceux qui m'ont connue et aimée comme Ngoc-Lê, la jeune adulte que j'étais. Eh bien, malgré mes signatures en Sally, mon topo de la Sally aujourd'hui devenue, ils ont ignoré Sally, continuant à m'adresser en Ngoc-Lê, point. Savez-vous que j'ai fini par signer mes missives comme Sally Ngoc-Lê, oubliant Sally parfois, comme un oubli volontaire mais sans importance. C'est presque terrible! C'est comme si je me coule en douce! De leur part, c'est légitime de vouloir retrouver la Ngoc-Lê de leurs souvenirs, mais moi qui le sais, qui le vis, en sabordant la Sally ou non, je devrai savoir que je ne serai jamais Ngoc-Lê redevenue! Mais qu'est-ce que je fais là?
Sur ces entrefaits, en juillet 2003, à Paris, on m'a volé le seul document sur lequel cohabitent Sally et Ngoc-Lê, ma carte de citoyenneté canadienne. Depuis, je n'ai pas encore réussi à le remplacer, et je suis loin de le réussir encore! L'administration me demande de prouver par d'autres documents officiels que Sally et Ngoc-Lê sont la seule et même personne. Vous voyez le dilemme? Si je ne réussis pas, Sally sera coulée, corps et biens! Professionnellement, mon permis d'exercice ne pourra être délivré à Sally, une "fausse" identité, en ce qui concerne l'administration. Socialement, ce ne serait qu'un pseudonyme capricieux, ni français, ni américain, simplement domestique, à la rigueur, virtuel! Dans ce contexte globalisant, où l'on identifie les prisonniers arabes et musulmans par un numéro écrit au feutre sur l'épaule, et où l'ennemi à abattre n'est qu'une photo sur une carte d'un jeu de cartes où l'on entend pas rire, Sally n'est même pas de taille et de poids plume! Dommage colatéral, dit-on?
L'état de la situation? J'ai une lettre à écrire pour plaider avec l'administration anonyme et sans visage. Au téléphone, on nous a clairement dit que la question (et la solution) est à l'entière discrétion de celui qui traitera mon dossier. Autrement dit, fies-toi sur ton étoile! Et plaides, et prie! Par ailleurs, mon passeport est à refaire dans moins de six mois, je n'ose pas encore penser à la suite!
Jusqu'à preuve du contraire, la paix entre Sally et Ngoc-Lê n'est pas garantie! Le combat est à mort! Sauf si le bureau de l'onu, quelque part dans les labyrinthes administratifs, saura être diligent et intelligent, diplomate et impartial, pour que Sally et Ngoc-Lê cohabitent, chacun sur leur territoire respectif, en même temps, sans regard au passé historique de leurs origines. Amen et Inch Allah!
Et Nam Mô A Di Ðà Phật, pour mon bon Bouddha, aussi!
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