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Je suis au plus mal ce matin. Crampes, maux de tête, épuisement. Je me sens le ventre vide et les joues creuses. Je me sens, j'ai bien dit, en vérité, mon ventre ne se comprend plus et j'ai toujours la face ronde bien asiatique! Et mes réflexes de mère! Mes fils, revenant d'un examen, ramènent chacun trois ou quatre copains. Le premier groupe accapare la cuisine et la salle à manger, en vidant les jus et les pizzas congelés. Le deuxième monopolise le sous-sol, laissant échapper échos de musique et de conversation joyeuse.
J'essaie de me requinquer comme je peux pour partir à l'aéroport chercher ce garçon du Viêt-Nam, frère de l'autre, venu étudier aux frais de leurs parents. Les frais de scolarité d'ici, étant assez honéreux pour les étudiants étrangers, je préfère ne pas me pencher sur leurs sources de revenus familiaux ...
Des routes bondées, à l'allée comme au retour. Très intéressant de mesurer l'effet de l'intégration à ce pays de la jeune-fille, venue chercher son cousin avec moi. Sans y être nés, ces jeunes viendront grossir la force vive du Québec, si nous savons comment les garder.
Par hasard, j'ai revu quelqu'un qui vient aussi de la faculté de sciences de mon université, il y a plus de trente ans. De plus en plus, mon monde du passé ressurgit et me reprend dans leur giron. J'ai déjà été farouche, mais de moins en moins. Une sorte de retrouvailles puissante, puisque leurs tentacules sont partout, ici même, ou dans tous les recoins du monde où je voudrai visiter. Imaginez mes points de chute partout, du Norvège à l'Australie, n'en parlons pas de toutes les villes américaines. Aux plus récentes nouvelles, j'ai en main le numéro de téléphone de mon ancienne meilleurs amie. Elle est à Boston, dans le même fuseau horaire que moi, vous rendez-vous compte. Elle qui m'avait déjà rejetée, parce que je voulais me sauver du Viêt-Nam en décomposition en mai 1975 (vous voyez où elle est rendue!), elle que j'ai vue la dernière fois, le 11 avril 1975 (j'ai fouillé dans mon carnet rouge), à qui j'ai pardonné. Mais je n'ai pas encore le courage de prendre le téléphone et composer ce numéro!
Ce soir, nous prenons le taureau par les cornes: encore une cinquantaine de cartes de souhaits adressées et timbrées! Comme j'ai une fascination pour les beaux timbres, me voilà prise à lécher des timbres exceptionnellement grand format! Je reproduis ici, les timbres de grandeur nature, représentant des tableaux du peintre Riopelle. Encore une centaine de cartes pour demain!
Ce soir, ma petite cascade interne semble se tarir. Je prendrai donc le risque de dormir pour la première fois depuis trois semaines, les fesses à l'air, comme on dit! Aaaaaaah! ....
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