01 décembre 2003
Plénitude assumée

La nuit dernière j'ai longuement rêvé, non pas des futures retrouvailles lycéennes, mais universitaires. Ne riez pas, la différence est importante, puisque ce n'est pas le même décor, les mêmes lieux physiques, non plus les mêmes personnes surgissant des profondeurs de ma mémoire, ou les mêmes échos d'émotions s'y rattachant. Bref j'ai revécu des instants et des gens, comme si le temps ne s'est pas écoulé. Des instants fugaces et des jeunes gens. Et non des monuments de demi-siècle que nous voilà devenus, des monuments de sable et de sel, qu'un autre demi-siècle tout au plus, aurait effacé toute trace du passage. Siècles de poussière que nous sommes alors, dans l'espace temps infini. Mais pourquoi rêver de si peu et beaucoup à la fois? Pour renaître ou pour revivre?

Ce matin, fatiguée par une nuit si active, j'ai manqué de contenance pour ma séance d'exercice, mais je me suis reprise en main. Alors que je revenais au perchoir d'un pas fébrile et incertain, me parviennent des échos dissonnants de mes affaires collectives. Puis, en après-midi, signature d'un nouveau dossier. Un dossier gagné d'avance, sauf qu'il faut toujours se méfier quand cela a l'air trop facile de prime abord. Après tout, un nouveau client, par le fait même, est un client inconnu.

Un petit saut au marché encore pour cuisiner cette recette hypocalorifique. En servant le même plat cuisiné à toute la famille, il a fallu concocter aussi des extras pour nourrir ma maisonnée masculine. Résultat: deux fois plus de temps, et de trouble, à popoter un repas deux fois moins lourd. Qu'est-il advenu de ma cuisine de famille nombreuse que j'appelle, et de mes soupers d'un seul service, pour simplifier? Me voilà avec des petits plats assaisonnés de pincées de petits riens, courant les petites casseroles utiles alors que depuis deux décennies que je ne me sers que de la grosse marmite et de l'énorme wok, et c'est tout! Pour tout dire, je me suis départie des petites casseroles depuis longtemps, il ne me reste que ce petit creuset d'un orange vif, gardé pour décoration plus que pour usage!

Ces petites attentions exigent beaucoup d'énergie que je vois se consummer presque à vue de nez. Quelques battements de jambes et quelques étirements et zut, ma glycémie dégringole, accompagnée de sueur froide et de palpitations. Et puis je suis constamment au marché, à la recherche des petits formats, en parallèle avec l'épicerie musclée usuelle, le frigo et le comptoir débordent de boîtes insolites et de produits étranges. D'autant plus qu'un seul produit manqué c'est des calories manquantes pour un programme réglé au quart de tour. Je prend un malin plaisir à exécuter ce plan de match, à la rigueur sans obsession de perte de poids, mais plutôt le défi de reprendre en main le contrôle de ma médication. Peut-être parce que j'ai une femme médecin qui ne se pose pas en docteur, je veux dire qu'elle ne joue pas de son ton docte avec moi, mais me dit qu'à la rigueur, un diabétique qui se connaît bien, règle pratiquement seul, le dosage de sa médication et le suggère même au médecin, avec le relevé de ses taux de glycémie.

Mes fils regardent aller cette mère qui prend des airs nouveaux, qui mange en dessert une pomme cuite, qui se prépare depuis la veille, une costade à l'anana broyée (sans sucre) et qui leur déclare d'un ton confiant qu'elle repousse le jour où elle ira, canne à la main, échouer au pas de leur porte, trop sénile pour s'occuper d'elle-même. L'un d'eux trouve que je fais de la belle cuisine sophistiquée comme au restaurant racé! Sans le service raffiné du restaurateur, puisque je ne demande pas mieux que de m'asseoir et de manger, mon énergie comme carburant, commence à manquer quand le repas est prêt! Vous comprenez bien que je ne suis pas entrain de subir une diète, mais que je réapprend à cuisiner ...

Nous voilà au premier jour de décembre, l'heure du bilan annuel approche. Peut-être que je peux déjà dire que je suis entrain de réaliser le plus beau projet personnel de l'année. Quand aux restes, toutes mes autres affaires, ne sont qu'agréments ou désagréments à leurs heures, devenus obsolètes aux miennes! Me voilà pleinement assumée!

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