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Innocemment hier soir, dans un forum j'affichais un sujet, en fait je citais quelqu'un qui parlait de diarisme et du choix de degré d'intimité de son propre journal. Étonnamment ce matin, je trouvais foules et attroupements devant le portique du sujet en question, non pas que sur ce forum-là, mais aussi sur un autre que fréquente le diariste cité. Des centaines de personnes viennent faire leur tour, mais moins d'une dizaine y trouve mot à redire. Le phénomène de foule est quelque chose de fascinant, mais ce n'est pas à y confondre avec une quelconque célébrité passagère. Si vous avez vu le film "Chicago", vous en avez vu quelques échantillons d'attroupements qui n'ont rien à voir avec le talent des personnes concernées.
Ce matin toujours, à l'annonce d'une braderie annuelle dans une fabrique du quartier de la guenille, ma soeur, ma fille et moi, sommes allées grossir la foule des femmes de tous les styles qui attendaient pour aller dévaliser l'entrepôt. Mais à la tête des femmes, et à la longueur de la file, nous avons tourné les talons, passant notre tour. Un doner pita plus tard, nous avons déjà oublié la raison de notre rencontre! Heureusement, puisque, réellement, qui d'entre nous a encore besoin de fringues qu'on ne porte pas!
Pour revenir à la foule des femmes qui étaient là attroupées dans les couloirs, à 11h, un matin de semaine. Nous étions de tous les âges, de toutes les origines, de toutes les langues, cheveux crépus, cheveux teints. Des mères, des grand-mères, des futures mères. Des assistées sociales sûrement dans le lot, des travailleuses entre deux emplois (c'est à espérer), des étudiantes peut-être (en réflexion d'orientation?). Curieusement, je ne me sens pas faire partie, même je crois me tromper de foule. Récemment, ma fille disait que je suis snob et raciste. J'avais acquiescé. Puisque l'on est tous un peu (un peu c'est déjà beaucoup, mais que voulez-vous, au moins, on est honnête avec soi-même). Mais je me félicite de faire la part des choses et de faire l'effort d'être équitable dans le quotidien.
Il y a quelque chose d'irréel dans les multiples facettes de la vie aujourd'hui. Nous étions là, dans cette foule, chercheuses d'aubaines de fringues à dix dollars. Nous étions là dans ce restaurant grec au décor suranné et sans charme. Et nous voilà, ma soeur et moi, à chercher sur une base de données, une maison pour elle. Tenez, une qui lui plaise et qu'elle avait déjà vu de l'extérieur: 1 million cinq-cent mille dollars! N'importe quelle autre, pour lui convenir serait à quatre-cent mille dollars. Où est le sens de la vie, entre ces deux extrêmes, le chandail à dix dollars, ou le toit sur la tête à quatre-cent mille. Imaginez ces toits dispendieux, avec des garde-robes remplis de fringues à cinq sous. Irréel, loufoque!
Ce soir, je suis allée voir Les Précieuses Ridicules de Molière, avec une mise en scène québécoise. Le ridicule et le loufoque ne sont pas bien rendus je trouve. Du Molière se perd dans cette pièce trop courte. Quoique, dans nos chaumières modernes (à 1 million, tiens), elles vivent toujours, les précieuses ridicules. Et les laquais parlent informatique peut-être, et les marquis parlent argent, ou bourse, ou immobilier.
Ah, je suis méchante aujourd'hui. Pour me punir, au milieu de la nuit, j'ai fait ce presque coma diabétique d'où je suis sortie chancelante. Ce qui me rappelle à ma condition, on est précieux que dans notre peau, et ridicule que quand on pense y passer outre. Quant au reste, fringues, cabanes et quoi encore, ce n'est que bêtise! Que de l'impermanence (mon charnel aussi, bien sûr), disait Bouddha!
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