27 octobre 2003
À table

À table ce midi, j'échangeais sur des questions d'orientations et d'actions, avec un directeur disons, sans préciser le domaine, ainsi je garde une certaine discrétion pour cette institution qu'il représente. Échange intelligent, sujet important, mais je ne peux m'empêcher de trouver vain ce supposé dialogue, puisque courtois. De toute façon, nous étions bien des deux côtés de la table.

Ce soir aussi, après souper, j'ai eu l'idée d'inviter l'oiselle et l'oiseau à prendre un café-dessert en territoire neutre, c'est-à-dire dans un café de la rue Bernard, espérant réussir à faire parler un peu cet oiseau qu'il faut bien apprendre à connaître un peu. Et bien, des deux côtés de la table, le temps de deux cafés et d'un gros dessert, nous avons conversé et ri ensemble. Au moins, je suis avertie, l'oiseau vient bien de cette contrée qui parle de son "ouvrôge" et "à s'teur", pour dire "ouvrage" et "à cette heure", ce qui veut dire "travail" et "en ce moment, maintenant".

Je sais bien qu'en prenant mari, je prend pays, mais je ne pensais pas prendre l'arbre et le fruit, du moins, pas dans cette dimension. Dans le fond, ce pays pour moi se limite à Montréal, un Montréal pluriel. Alors qu'aujourd'hui, ou dans un jour pas lointain, pour retrouver le fruit de mes entrailles, je passerai probablement par le chemin des forêts boréales. Étrangement, j'ai la vision des enfants de mes enfants, très différents des uns des autres, mais aussi très différents de moi qui est hybride par mes références culturelles variées. Bizarrement je me demande si je parviendrai à aimer ces descendants qui n'auront plus rien de moi. Il n'y a plus rien à débattre de l'influence de la graine ou du terreau. Il n'y a que le prix d'une assimilation, pure et simple. Je ne suis pas entrain de faire du mélodrame, seulement une réflexion ...

N'empêche que je me demande à qui lèguerai-je un jour tous ces livres ramassés avec amour?

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