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Très tôt le matin, l'oiselle arrive et se niche au creux de mon lit pour roupiller un peu. Sa présence éveille mes sens, malgré une petite nuit d'à peine quatre heures de sommeil. Nous bavardons un peu, yeux mi-clos. Et puis je prend le livre que je viens de choisir pour faire ma lecture de la semaine: le Banquet de Platon. Chez mon bouquiniste de quartier, j'ai trouvé hier une édition bien annotée, une copie presque neuve. En suivant le fil de mes inspirations, je suis entrain d'acheter mes livres de lecture de l'heure au lieu de puiser dans ceux que j'ai déjà. À ce train-là, je ne ferai donc jamais le tour de mon jardin qui ne cesse de s'encombrer, comme sur la page d'accueil de ce journal (avec tous ces livres qui s'empilent!).
Alors donc, je lisais des bribes de mon livre. Ma fille commentais, se remémorant les personnages mythiques de ses souvenirs. Lire Platon au lit, avec une connaisseuse (pas de Platon, mais des études anciennes du moins) à mes côtés. C'est d'un luxe et d'un bonheur insensés!
Et puis nous passons à autre chose. Elle trouve dans ses archives les nouvelles images qui ornent ma page d'accueil. Elle me fait penser à la page que j'écrierai le 18 mai 2004 au cinquième anniversaire de ce journal. Il me semble que rien n'est changé ni ne changera dans ma vie, alors qu'elle, ma fille aurait tant évolué depuis. Pour ceux qui ne savent pas, c'est elle qui m'avait monté ce journal en 1999. Elle était vierge, au seuil de sa vie. Cinq ans plus tard, elle aurait été travailleuse, diplômée, amoureuse, mariée, coureuse des bois, chômeuse, séparée, divorcée. Mais heureuse toujours, avant, aujourd'hui, demain aussi.
À midi, un de ses frères revenait du collège. Voilà qu'elle sort de ses cd, des textes qu'elle avait écrit sur des recherches en astronomie pour orienter le frangin sur des travaux qu'il doit remettre. C'est apaisant de les voir là, penchés sur l'écran, discutant vivement. Puis elle passait à ses photos et les vidéos de son cru: elle parmi ses carrottes de roches, ses outils de géologue, ses collègues de mineurs. Cette polyvalence, cette fraîcheur, cette conviction tranquille est loin de trouver encore son meilleur tremplin, je crois.
Dans le cocon aujourd'hui, j'ai fait la mère, uniquement la mère. Je regarde vivre ma progéniture, je cuisine toute la journée, ne m'habillant que vers la fin de l'après-midi, que pour aller chercher des ingrédients manquants pour mes plats. J'ai bien répondu à quelques mails, à quelques coups de fil, mais rien pour me sortir de ma peau de mère!
Ce soir, après souper, les jumeaux partent vers une pièce de théâtre. Le plus jeune parle à son père et à moi, de ses tests d'orientation, des expériences intéressantes en physique, de ses options, de sa coiffure, de son cartable, ... Le luxe et le bonheur c'est d'être là, tous les deux, à son écoute.
Ce soir, je me sens trop bien dans le cocon. Faut-il que je me pousse vers tout ce qu'il faut que j'écrive, que je planifie, que j'organise pour mes affaires collectives, associatives et sociales? La nuit sera encore courte, je crois. Ce qui compte c'est qu'avec la journée d'aujourd'hui, je serai plus forte pour celle de demain et celles qui s'en suivent.
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