18 octobre 2003
Repos mérité

J'ai des crampes et des courbatures mais quel repos mérité pour la tête! Depuis hier matin que je pense peu et me laisse porter par les méandres du jour, sans me forcer! Même si j'étais sur mon trente-six hier matin pour une petite conférence ennuyante, nous sommes allés manger tout doucement au quartier chinois avec l'oiselle. Nous apprécions tous les trois je crois, ce petit régime tranquille. Passant au perchoir ensuite, j'expédiais quelques mails, écris rondement un petit article qui fut envoyé illico, juste à sa date de tombée, puis nous partions en direction de notre maison du Nord. Non sans avoir cuisiné une bonne casserole de pâtes, poulet et légumes sautés pour les fils. Et passer au Réno-dépôt pour tout ce qu'il nous faut pour faire une plate-bande, et des bulbes de tulipes. Beaucoup de tulipes!

Ma maison de campagne est devenue refuge, puisque l'oiselle y perche avec l'oiseau qui travaille en ce moment en ville. Incroyable de constater l'oiselle qui mue sous mes yeux, comme un serpent. Depuis une semaine que je la vois se coucher tôt, partir avant l'aube vers la ville, attendre que l'oiseau finisse sa journée de travail, aller le chercher à l'heure, refaire une heure de route, s'arrêter avant de rentrer au marché, faire une petite soirée en tête-à-tête, se coucher tôt, etc. Sans télé, sans internet, sans sortie citadine. Ma fille qui conversait sans fin sur le net, qui fouillait e-bay sans relâche, qui se couchait très tard et ne se levait qu'après maints rappels!

Aujourd'hui, mon mari et moi avons travaillé toute la journée sur le terrain de notre maison de campagne. Une plate-bande pas mal du tout fait toute la façade de la maison. Les bulbes de tulipes ne sont pas encore enfouies. Mais nous avons travailler sur l'enlèvement de la clôture qui séparait les deux parties du terrain arrière. Dur travail surtout pour mon mari, mais j'y ai mis du mien, assurément.

Plus que jamais nous sommes en paix et en repos dans cette maison. Je n'ai pas lu ni écrit depuis trente-six heures, pas de musique, pas de télé non plus. Seul compte le feu de foyer qui me fascine, et le feu de camp derrière, sous prétexte de brûler des pièces de bois disparates. Une petite réunion de travail pour mes affaires collectives cet après-midi ne trouble pas notre air d'aller. J'ai reçu sans façon des collègues pour le dossier, telle que je suis, à ma table de salle à manger.

Ce midi, en mon absence, l'oiselle a préparé à manger à ses frères en ville. C'est comme une première pour elle. Ce soir, l'oiselle et l'oiseau sont revenus avec de la viande, une salade et du vin. Nous avons soupé à quatre, comme il se doit, un samedi soir. Étrangement, la situation est devenue presque comme normale. Après souper, nous avons regardé ensemble l'album de photos de mes vacances estivales. L'oiseau discute question de vis et de boulon avec mon mari, comme si ils ont toujours fait ça ensemble. Je crois bien que mon mari a pleinement intégré le changement. Peut-être s'entendra-t-il mieux avec le style de l'oiseau que celui de mon techniquement encore gendre!

Aujourd'hui, pour une rare fois, je n'ai presque pas pensé aux fils laissés en ville, ni à la semaine qui vient, ni au bien des autres. Aujourd'hui, je n'ai pensé qu'à être, être qui je suis, où je le suis, comme je le suis.

Ce soir, nous voilà revenus en ville, laissant là-bas une oiselle contente du sentiment d'avoir apprivoisé au moins papa et maman à sa nouvelle vie. Ce soir, je reviens aux fils, à leur monceau de lessive, aux journaux qu'ils lisent et jonchent sur la table de la salle à manger, à leur pizza mangée à moitié. Je ramasse et je ne dis rien, puisque ce n'est qu'une étape de leur vie. Dans quelques années ils ne seront plus là, je ne ramasserais plus de pécadilles de ce genre. En espérant que leur vie filera comme eau descendant rivière, c'est-à-dire paisiblement. Quoique chez moi, ce sera toujours leur refuge, comme le perchoir, leur point d'envol, en ce moment.

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