15 octobre 2003
À vue de nez

Un temps d'automne avec beaucoup de pluie ce matin, quand je suis partie voir l'ophtalmologue, mais ce soir, au retour du théâtre, grâce aux grands vents, nous foulons aux pieds ce tapis de feuilles mortes qui chantent. C'est pour dire qu'au spectacle d'une fin, il y a un commencement et du matin au soir, le vent tourne envers et contre moi, mais aussi pour moi. Pour moi bien sûr.

Plusieurs grains de sable d'hier sont écrasés par l'engrenage lui-même. Ou ne sont que des illusions optiques, à vue de nez. Ce matin j'étais décoiffée, j'avais l'air bien amoché. Cet après-midi, j'ai revu les photos numériques prises par mon mari aux vacances d'été et le vrai grand sourire m'est revenu. Bon, il est temps. L'air renfrogné n'avantage ni mes rides, ni mon teint ...

Au Rideau Vert ce soir, une pièce de théâtre, "Quatuor", sur la vieillesse. Encore! qu'on me lâche enfin, laisses-moi vieillir en paix! Telle que je suis, c'est tout. Avec mes petits bobos et mon radotage.

Entretemps, je lis le Houellebecq, "Les particules élémentaires". Il est dur et cynique, mais je le lis pour en finir avec. Il fait le procès, tout compte fait, de ce monde occidental du 20è siècle que j'ai adopté. Peut-être comprendrai-je mieux les disfonctions qui m'entourent, mais je ne me pâmerai plus devant la marguerite sur le tableau de bord des voitures Coccinelles. Quand à Houellebecq, il a encore la moitié du livre pour me récupérer. Entre la lourdeur de sa plume (il est vrai que le sujet s'y prête) et la légèreté de celle de Cocteau, je préfère ce dernier, avec ses phrases courtes et simples. Pour dire l'essentiel.

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