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Vingt-quatre heures de trêve, où je n'ai ouvert mon autre ordinateur que pour terminer d'écrire une petite nouvelle (sixième de son état!). Sans internet, trêve de brouhaha des forums, de la petite vie des autres, mais aussi de la vaine pensée de pouvoir avancer quand même dans mes différents dossiers, grâce aux mails, par cette longue fin de semaine de l'Action de Grâce!
Le symbolique est là! Hier, une dense couche de smog recouvre le sud du Québec, comme un épais brouillard sur un état latent des choses. S'en sortir, veut dire quitter Montréal, ou prendre du recul. Ici, dans mon coin des Laurentides, les montagnes environnantes sont colorées de toutes les teintes d'automne. Au matin, la rosée couvre tout d'une toile scintillante au soleil. L'après-midi sent presque l'été, si ce n'est de cette teinte rougeâtre dans les arbres qui bruissent. De la route, nous arrivent tous les bruits du monde avoisinant qui pétarade sur leurs motos, qui parade dans leurs voitures sports décapotables, ou qui défile dans leurs voitures familiales avec femme, enfants, et chiens. Ici, il est vrai, ce n'est qu'un recul pour mieux voir le monde des autres, et le mien.
Depuis vingt-quatre heures où je ne cuisine même pas, j'ai lu (pas le Houellebecq qui ne cadre pas dans le décor!), écrit, farfouillé dans mes livres, entretenu un bon feu de foyer à l'arrivée hier, un autre au levée ce matin. Mais surtout, j'ai nettoyé la maison et inventorié les tablettes du garde-manger. Je ne sais pas, comme si je veux repartir à neuf, commencer une autre ère, libérer des pensées nouvelles ...
Sans se consulter, mon mari vaque à ses occupations. Pour lui, c'est peut-être simplement se préparer à l'hiver, couvrant le bois, rangeant la chaise longue et la tente qui protège le patio du soleil, mais certainement pas de l'hiver. Mais aussi, se préparer à jouir plus longtemps encore de cette maison, la nôtre, puisqu'il installe une cuisinière plus neuve, range la corde à linge de trop, demande lui-même à un homme à tout faire de défaire une section de clôture qui sépare la cour arrière et, oh, ultime partage à ma vision de ce lieu comme ultime refuge de mes pas, déclare qu'il fera lui-même la plate-bande qui borde la maison en avant.
Je dormais comme un loir, hier soir, ouvrant les yeux ce matin en cherchant l'écran de mon réveil-matin, me pensant en ville. J'ai parlé à l'oiselle au téléphone, je ne peux l'imaginer encore dans une cabane des bois. Depuis la semaine dernière, j'essayais d'amortir la chute de mon presque plus gendre. Depuis deux jours, je jongle avec l'idée de perdre l'oiselle dans les bois. Perdre ma fille à toute fin pratique, perdre le contact, perdre le fil, comme dans l'éventualité du jour où nous ne tenons que des conversations d'usage, où nous n'aurons plus rien à nous raconter puisqu'il y a trop déjà qui a passé sous les ponts. Voilà ce qui arrivera si je n'accueille pas le nouveau choix de sa vie.
Dans le fond, mentalement, voici ce que je fais depuis vingt-quatre heures: après avoir instinctivement paré au plus pressé depuis une semaine, me voilà qui rassemble hâtivement les pans de ma robe à traîne, pour me rendre prête à recevoir du nouveau dans le portrait familial.
Ce soir, nous sommes de retour au perchoir, comme au poste de secours. Un des fils, mis à part sa sortie d'hier soir, est revenu (ou reparti plus loin encore?) dans ses conversations sans fin sur msn. L'autre est parti faire du hiking au Vermont depuis hier, il est revenu maintenant, alors que nous n'avons pas eu le temps ou l'esprit pour s'inquiéter. L'autre, le plus jeune est encore quelque part chez ses copains. Pas d'incident, pas d'urgence, mais nous sommes là, comme de vrais secouristes en vadrouille. En nous entretenant des projets de retraite prochaine, retraite technique de notre poste de secouristes, je veux dire. Pas de la vie active.
J'apprécierai l'automne une autre année, pas la présente qui passe, qui est entrain de passer, je le sais bien. Il fait beau, je le sais bien, mais je ne le sens pas. Au moins, nous sommes deux pour nous accompagner l'un l'autre ... Nous sommes deux mais nous ne faisons qu'un!
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