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Je suis à peine descendue du perchoir aujourd'hui! Juste le temps d'une réunion aux affaires associatives, le temps d'un lunch rapide et d'un aller-retour pour conduire mon fils à son point de départ pour un week-end de canot-camping! Mais qu'est-ce que je fais donc, depuis vingt-quatre heures?
D'abord, j'ai peu dormi. Ensuite j'ai beaucoup joué du clavier, pour me familiariser et pour me faire voir à la RDJ, ma nouvelle affiliation de diaristes. Mis à part cette activité sociale virtuelle, j'ai joué du tableur et de la calculette pour mes affaires professionnelles. Une amie est même passée en coup de vent me visiter au perchoir, comme vous voyez, être travailleur autonome a de ces avantages et de ces libertés!
Mais à travers de tout cela, il n'y a que de la vie en balconville que j'ai envie de raconter aujourd'hui! Sur le balcon donc du perchoir (en fait, je triche un peu, c'est quand même une petite terrasse en ciment de 5m2 ou 50p.c.), je me berçais avec mon mari. Au-dessus de nous, un ciel bleu traversé de nuages pressés. Nul besoin de musique avec le bruissement constant dans les feuilles de l'érable qui nous servent d'écran cachant les fenêtres environnantes. Puisque nous sommes en balconville, les fenêtres voisines sont proches, nous surplombant même. Mais ils sont de l'autre côté de la rue tout de même, les regards indiscrets! Tout juste devant moi, de ses deux fleurs resplendissantes, l'hibiscus me regarde, imperturbable. De l'autre côté, la petite table ne tient pas au chaud, ni le café pour lui, ni le thé pour moi, mais on ne peut quand même pas trop demander à une simple table de résine de balconville, pas de la cour des miracles... Entre la table et l'hibiscus, se trouve la chaise sur laquelle nous étirons nos jambes jouissives.
À l'abeille qui vient nous voir de trop près, mon mari gronde: "Cocotte! va chez vous!" Du doigt, il indique le chemin du nid d'abeilles sur le toit! Il appelle tout le monde cocotte, moi incluse! Il paraît que le nid d'abeilles est près du col-de-cygne (mais pas de cygne dans les parages, vous avez compris, j'espère!). Quelques instants après, forte de cette fréquentation influente de balconville, au salon je houspille le bananier: "Tu prends bien soin de toi, hein? Veux-tu que je te change de pot, pour aider là où tu t'es affaibli en pourrissant du tronc?" Ma voix m'a surprise, d'habitude, je parlais aux plantes le langage du coeur, sans voix tout de même! Peut-être qu'à haute voix, le bananier va mieux comprendre mes directives?
En balconville, la vie fut donc douce. Nous y parlons projets et espoir, comme par exemple, percer le toit, installer une terrasse plus grande, bref, percher plus haut encore. Ou bien, percer le plancher, relier les trois étages, installer un perchoir à étages au lieu du perchoir à l'étage. Puisque le propre de la vie de balconville est d'être entouré de toute part de bitume et de béton, impossible de s'étendre donc, à l'horizontal! Mais la vie est douce, tant qu'il y aura un ciel, une brise, d'autres compagnons de route, humain ou végétal ou animal, et un projet, et un espoir ...
Ici, quand on dit qu'on fait du balconville (l'expression n'est pas au dictionnaire), c'est pour dire que l'on est resté en ville, au lieu d'aller en "week-end" ou en vacances hors de la ville. Comme la très grande majorité des habitants de Montréal fait du balconville, sans le crier sur les toits, à condition d'avoir un balcon, j'ai donc pensé valoriser la pratique en vous affirmant que la vie peut-être très douce en balconville ... si l'on sait bien s'entourer. Je peux bien l'affirmer, moi qui a la chance d'aller quand je peux, à la campagne ou en voyage! Quand la bourse dégringole, le chômage grimpe, l'économie baisse et le coût de la vie monte, c'est très sécurisant de faire du balconville!
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