12 septembre 2003
La vie

J'étais résolue à célébrer la vie. Mais il y a ce tout jeune homme de l'âge de mes fils, allant aux mêmes écoles depuis toujours, qui a perdu la sienne. Je pense à ses parents depuis trois jours, à ceux qui restent. Je n'ai pas été au salon funéraire hier soir, je tourne en rond puis je ne vais pas aux funérailles non plus aujourd'hui. Je ne sais pas, j'essaie de garder la perspective, pourquoi cette vie écourtée est plus valable qu'une autre? Ce que je sais, c'est qu'il habitait à l'autre coin de rue et que sa famille y habite toujours. Qui sera près d'eux dans les semaines à venir? Peut-être, entre parents, en voisine ... Il y a les autres qui parlent de sympathie au présent. L'essentiel est de rester sobre et sans drame. Puisque drame il y a, de toute façon!

J'ai acheté mon premier agenda 2004! Oui, déjà! L'agenda a pour titre "S'aimer une journée à la fois". En fait, je pensais le donner à quelqu'un, mais je crois que je ne poserai pas ce geste qui sera peut-être perçu comme moralisateur. J'ai bien noté, il y a l'agenda Calme, Bonheur, Réussite, Femmes, du Gagnant, du Jardinier paresseux, sans parler de tous les agendas d'art, mais aucun agenda n'est Hymne à la mort, par exemple, que des célébrations à la vie!

Deux heures à piétiner cet après-midi, entre le vendeur de plan-minute et l'acheteur-de-plan-qui-veut-garder-toutes-ses-options! Pourquoi les technocrates et les technophiles veulent toujours t'expliquer les merveilles de la chose, alors que toi tu ne veux que la chose fasse ce que tu veux, point. Qu'est ce que c'est que cette condition de vie et de travail que de poireauter en grappe autour d'un kiosque, au milieu d'un centre commercial qui diffuse en plus leurs réclames sur haut-parleurs. Mon technophile de mari dit qu'il y est très bien, puisqu'il est concentré. Le technocrate de vendeur garde son sourire et sa patience. Moi j'ai mal aux pieds, et je rage! Ce n'est pas une vie!

La vie est-elle dans ces effluves malodorantes au centre-ville, le long de la Ste-Catherine, ce soir, quand il fait une chaleur d'été? Ou derrière ces rideaux qui laissent échapper un aperçu de vie intime? La ville est en vie, certes, mais pas tous ses habitants ... Et je suis perturbée par trop de manifestations de vie. Un petit concentré de vie ce soir, cela me suffit!

Non, je me contredis: je viens d'aller écouter par la cage d'escalier intérieur ... Du sous-sol, la musique, des éclats de voix, des rires me parviennent clairement: la vie pétante est là! Il y a quelque chose de rassurant d'entendre la vie de ces jeunes, là, tout près. Cela me console de l'autre ... Et j'ai ce petit rire joyeux pour moi-même, apaisée!

Allez, sentez la dernière rose du jardin de mon amie de Bruxelles! Profitons de la vie qui passe trop vite!

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