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Peut-être que je porte trop en moi mille et un détails sur tout, peut-être que la rentrée a été trop raide, aujourd'hui je suis comme cassée. Matin à la course vers ma maison du nord, mais je suis extérieure à cette belle matinée, à ce ciel si bleu! Même lorsque j'étais assise sur un banc au bord du grand lac St-Joseph. J'ai bien enregistré la brise sur l'eau, le clapotis, le passage du canard, sans qu'acune émotion ou plaisir ne me rejoint. Mon mari affiche sa tête des quelques mauvais jours annuels. Nous passions à notre casse-croûte habituel, puis à l'épicerie sans arriver à se décider sur ce que nous mangerons bien, puisqu'il faut bien manger! Puis il me dépose à la maison, poursuivant sa route vers St-Sauveur, sans que je me préoccupe vraiment sur ce qu'il a l'intention de nous ramener à manger ...
Salade et rôti de porc, rien de plus simple. Pourtant, la nourriture passe difficilement. Aucun appétit. Le thé s'est chargé de faire descendre le tout. Tiens, ce thé ne goûte rien!
Réunion avec le député du comté chez moi. Discussions dans le sens de nos préoccupations. Mais bon, est-ce bon signe? Cet élu ne sera peut-être plus dans six mois! L'art de bien paraître est bien du lot des politiciens! Disons quand même que nous avançons un peu ...
Retour laconique vers la ville. Nous avons mal au coeur tous les deux. Conjoncture des astres? nous voilà déprimés tous les deux, en même temps. Au souper, je n'arrive pas à finir la moitié d'une cuisse de poulet. Nous nous sommes forcés à sortir, acheter mes nouveaux médicaments, aller marcher au lac des Castors ... Je n'arrive pas à m'arrimer à ce qui m'entoure. Mais j'ai compté les canards sur le lac, une cinquantaine je crois. Là-bas, sur la crête des arbres une lune bien ronde et orangé grimpe rapidement, plus haut qu'elle grimpe, plus elle pâlit pour retrouver sa teinte laiteuse. Quelques répits à notre vague à l'âme.
Je met la faute sur la pleine lune. J'évoque le souvenir de notre corps à corps, il y a quelque vingt-cinq ans, dans la même pénombre, là, sous ces mêmes arbres. Nous étions déjà matures à l'époque, seulement plus vieux aujourd'hui. Nous nous disons notre envie de partir d'ici, n'importe où, au moins pour quelques jours. Mais au fond, ce n'est pas le lieu ou les circonstances, mais plutôt ce qui est dans notre tête!
Sur le point de reprendre la voiture, voilà que nous nous disons que nos avons toujours agi par devoir et non par plaisir. Une réflexion arrivée de nulle part, pas pour un exemple précis. Je sais maintenant, c'est le poids de notre sens du devoir qui pèse ainsi. L'image d'Hercule portant le monde me vient. Mais enfin, pourquoi nous prenons-nous si au sérieux?
Nous rentrons prendre un bain à deux. Peut-être achèterons-nous un peu de temps, le temps que la pleine lune passe ... Demain c'est un autre jour! Déjà je sais déjà: j'ai refusé une invitation d'aller au golf, d'une part à cause de l'écoeurantite du jour, d'autre part, parce que j'ai une autre réunion demain! Vous voyez, le devoir avant tout! Un jour viendra quand je partirai pour de bon ...
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