07 septembre 2003
Bien faire

Pour bien faire, on fait compliqué parfois, tissant des toiles infinies, dans lesquelles on se perd tout seul. Et puis l'on se demande pourquoi tout est si compliqué?

Devinez ce qui a fait le plus plaisir à mes fils récemment? Les bols de jello aux fraises que je fais tous les jours, depuis cinq jours! Oui, de la poudre de jello commerciale, deux tasses d'eau bouillante pour faire fondre, plus deux tasses d'eau froide et quelques heures au frigo! Peut-être que le jello leur ramène à leur tendre enfance ... Petits, ils ont déjà partagé longtemps la même chambre, trois petits lits alignés comme dans un dortoir. L'un deux me disait: "Maman, fais mon lit beau!" C'est-à-dire qu'il est là, allongé tout droit dans son lit, je secouais drap et douillette pour les étendre sur lui d'un seul coup. Ou bien souvent j'étais assise en demi-lotus à terre, l'un d'entre eux sur moi, puis nous nous balançons d'un côté et de l'autre, en psalmodiant: "Bateau sur maman, bateau sur maman!" Incroyable comme le jello me redonne mes jeunes enfants! Devons-nous pas tous redécouvrir le jello dans nos vies?

Ces jours-ci, je ressens l'éloignement de ma fille. Je pense à elle tous les jours, mais elle ne me téléphone pas, comme c'est moins facile pour elle. Je ne me résous pas à écrire un mail. Comment puis-je exprimer ce besoin de dialogue, alors que le mail prend tant de mots pour réchauffer un canal de transmission à sens unique, à l'instant où le message est transmis. La barrière n'est plus le temps que le message prend pour se rendre, mais les nuances que transmettent les mots qui peuvent dépasseur en teneur, ou en ampleur, leur sens strict. Il me semble que je ne peux pas juste écrire un mail pour dire la litanie des sollicitudes de mère. Mais si je n'écris pas en mère, en quoi puis-je me déguiser?

Aujourd'hui, pour bien faire les choses, ma soeur et mon frère qui ont passé au feu en novembre dernier et consacré le plus clair de leur temps à reconstruire et redécorer leur maison, ont invité tous les ouvriers et fournisseurs de service connexes, pour un gros brunch-maison. Ces derniers, du moins ceux qui sont venus, n'en reviennent pas d'être conviés ainsi à un brunch, sans raison aucune, juste pour qu'ils voient le produit fini. Il y a ces menuisiers qui se souviennent encore d'avoir passer tant de jours, à genoux, pour assembler la marquetterie du plancher, telle qu'elle est avant le feu et qui, pour première fois de leur longue carrière, reviennent visiter le fruit de leur labeur. Ils n'en sont pas peu fiers mais ne comprennent pas ce geste qui leur plaît certes, mais qui est étrange, vu dans le contexte culturel et social d'ici.

Bien faire les choses veut dire donc aussi revenir à l'essentiel, à la simplicité, à ce qui traite les gens comme des humains et non pas qu'une maille dans une chaîne du processus. Bien faire veut aussi dire se dépouiller de tout artifice, revenir à toute idée originelle, ne pas perdre le nord, rester soi-même le plus possible. Bien faire veut donc dire bien être avant tout, non pas que pour soi, même surtout pas que pour soi, mais pour les autres d'abord. Puisque le soi se définit par rapport aux autres.

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