31 août 2003
Impressions

Hier matin, alors que j'étais penchée sur ce clavier, des éclats de voix de jeune fille me parvenaient de la cuisine. Je pensais que c'était fifille qui échangeait avec un de ses frères, tout en ne rien comprendre ("Mais ... qu'est-ce qu'elle fait là? Je ne comprend pas!"). Bien sûr, ce n'est pas elle qui est perchée sur son pôle nord, mais sa cousine ...

Hier toujours, en après-midi, nous étions arrêtés à la station-service, mon mari était descendu pomper le précieux liquide à 85.9 cents le litre. Je voyais passer devant mes yeux la camionnette de mon mari, je n'en revenais pas! (Mais ... qu'est-ce qu'il fait là? Il ne devait pas être là!) C'est moi qui rêve debout, il n'y pas qu'une seule camionnette comme la sienne en ville ... Mais comment je fais pour être lunatique ainsi, l'espace d'un instant, j'avais oublié que'il vient tout juste de descendre de voiture, à côté de moi!

Aujourd'hui, quand le téléphone m'a tirée du lit à 9h, je n'ai pas reconnu le collègue qui était au bout du fil. À 10h, je rencontrais des clients pour le gros dossier tout en changeant de monde puisque dans le leur, ce n'est pas possible pour moi de lui serrer la main, même par politesse. Pour bien faire, je me suis même mise en jupe et manches longues. À 11h, je parlais encore avec des gens pour qui l'argent n'est pas un problème. À 12h30, je pénétrais chez d'autres gens pour qui la procréation est la seule issue pour le maintien de la race. Cette toute jeune femme avec quatre enfants déjà! À voir la grandeur de sa table, je sais qu'elle en aura huit, ou douze! Des gens civilisés, quoique d'une arrogance tranquille.

À 14h, nous cueillions à Dorval la soeur et le beau-frère qui reviennent de Chicago avec plusieurs anecdotes d'un monde différent. À 16h, je rencontrais ce couple bien au-dessus de leurs affaires, fort de leur place acquise en société, mais surtout de leur paternalisme, je dirais presque par défaut. Monsieur me balançait des noms comme une perche (un nom surtout, le même qu'un autre m'a balancé hier soir, seulement hier soir je ne savais pas qui c'est en faisant mine de rien, mais aujourd'hui je sais au moins où il est, il reste à savoir qui il est!). À 17h, je laissais d'autres clients aux mains de mon mari.

À 19h, je me fais violence pour préparer le souper. À 20h, enfin nous sommes à table avec les fils, bavardant un peu, mon mari servant consciencieusement un demi-verre de vin à chacun des fils. À 20h30, papa repart, le devoir appelle. Je me défile pour cause de migraines (il y a de quoi, nous sommes entrain de conclure notre plus gros dossier!).

Si je vous raconte ma journée, c'est pour vous dire qu'en l'espace d'une journée, il y a tout ce croisement de mondes et de gens, de niveaux de vie et de coeur, le tout à cinq minutes de distance de chez moi. Alors donc, impressions et perceptions s'entremêlent: le vrai, le faux, le bien, le mal, l'essentiel, le superflu, ... Être ou ne pas être, avoir ou ne pas avoir, une question de choix! Un choix lunatique ou un choix lucide? Et aussi une question de hasard! Un hasard metteur en scène ou un hasard producteur de circonstances?

Avant ce jour, je ne connais aucune de ces personnes rencontrées plus haut, j'ignorais même jusqu'à leur existence, là, tout près, à cing minutes de chez moi. Au cours de la journée, j'ai fait irruption dans leur vie (et eux dans la mienne!). Tout ces gens et ces mondes! De quoi nous déphaser, soi face à soi-même!

En ce dernier jour du mois d'août, je me sens déphasée face à certains domaines d'activités où je suis engagée. Parce qu'il y a comme une démesure, une distorsion et les extrêmes sont difficiles à vivre, pour moi qui n'aspire qu'au zen. Alors que d'autre part, tant de causes et de projets me sollicitent!

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