28 août 2003
Passé présent

Au présent, je travaille sur tous les fronts: lancer quelques publicités, avancer mes affaires associatives, ... Dans ma tête, un enchaînement d'idées et de gestes qui ne sente plus du tout l'été mais l'automne, un automne gestationnel préparant un printemps lumineux. J'avance, intuitive et logique ...

Devoir interrompre le flot pour me préparer et conduire ma soeur à l'aéroport pour ses trois jours à Chicago, fut difficile. Je n'étais pas une bonne interlocutrice pendant le lunch, restant un peu pincée, un peu absente. Surtout que je ne perde pas le fil de mes idées! Après l'avoir laissé à Dorval, nous continuons pour une petite tournée de commissions. Comme la ville est pleine de voitures partout, avec son lot de conducteurs hésitants dans la voie du milieu. Mon mari conduit comme s'il fait une course à obstacles. Il se hâte, louvoie, bifurque, presse le trainard d'en avant en lui chauffant le parechoc, dépasse, se faufile, ... Ce n'est pas reposant pour la passagère! Mais j'ai pu m'occuper de mes bracelets-montres, enfin au moins une pour tout de suite, puisque je travaille là pour de bon!

Au milieu de l'après-midi, de retour au perchoir, j'ai placé des appels importants, lancé des mails, brassé des papiers, etc. L'imprimante, la photocopieuse, le téléphone, tout est mis à contribution. Et j'avance, j'avance bien ... Je suis contente de moi!

Et puis c'est la course dans la cuisine pour préparer le souper des fils. Ensuite, nous partons tout de suite rejoindre des amis pour souper mais surtout pour voir "Miss Saïgon" ...

Le passé prend place à ce moment-là. Ces amis, dans un temps lointain, étaient des employés, que nous voyons rarement aujourd'hui. Mais pour rencontrer Miss Saïgon, nous ne voulons le faire qu'avec eux!

Dans un temps plus lointain encore, j'avais assisté moi aussi au spectacle réel de ces jeunes G.I. américains si loin de chez eux qu'ils se rapprochent dangereusement de la luxure et de la drogue. J'avais observé la comédie de ces jeunes et menues femmes et filles viêtnamiennes, peu vêtues, accrochées au bras de leur beau d'occasion. Oui, dans ce temps révolu, les bars de fortune, abrités par quelques feuilles de tôle ondulée, poussaient ainsi aux abords des campements américains. Oui, il y avait cette faune et foire plus bigarrée, plus dense encore, que sur scène ce soir.

J'était inconfortable au début de la représentation, étant trop vite plongée dans le bain du passé. Et puis, en ce temps-là, au Viêt-Nam, j'étais loin d'être une Miss Saïgon, mais plutôt de ceux qui les regardait avec embarras. Mais quand même, de près ou de loin, nous aussi accueillons avec plaisir le peu de dollars américains balancés dans le décor par ces jeunes échevelés! Peut-être que je ne vous apprend rien si je vous dis maintenant que dans ce temps-là circulaient des dollars rouges, semblables au billet vert que vous connaissez, mais rouges, pour essayer de protéger le billet vert de la contrefaçon, du marché noir, etc...

J'ai succombé quand même au charme du "musicals", "Miss Saïgon" que j'aurai voulu aller voir à Broadway. Le spectacle fut haut en couleurs mais sans ostentation. Les chanteurs ne sont pas tous des étoiles mais quand même ... Miss Saïgon ou Madame Butterfly, même histoire, même destin. Dans nos âmes romantiques, nous sommes toutes, les femmes, un peu d'elles, ou beaucoup. Et les hommes, comment sont-ils? Des âmes tendres, ne sachant choisir entre deux femmes, ou des âmes maquereaux, profiteurs et débrouillards, comme ce personnage sympathique de l'Ingénieur qui sait toujours tirer son épingle du jeu!

Fait à noter, aucun des Viêtnamiens sur scène n'est un vrai Viêtnamien. La Miss Saïgon est originaire des Philippines, mais vous savez comme moi, ils sont tous américains! Nés de l' "american dream" bien sûr!

Atterrissage abrupte pour revenir au présent: une indigestion qui me fait renvoyer toute cette nourriture nord-américaine qui ne passe pas depuis le plat de ce midi, jusqu'à celui de ce soir ... C'est symbolique, vous pensez?

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