24 août 2003
Au chalet

Pour mes petits neveux et nièces, ces enfants ultra-citadins, rompus à la civilité toute vietnamienne ( ils font leur salut aux adultes, les bras croisés, avec la petite courbette et la formule de politesse en rigueur; le tout suivi du petit bec sur la joue des tantes qui en profitent pour caresser les joues, renifler leur peau douce d'enfants ou leurs cheveux doux de presque-bébés), pour ces enfants aux horaires chargés de cours de piano, patin, échecs, natation, etc, sans parler de l'école, des petits copains et des anniversaires à la chaîne, ma maison du nord est ce qu'ils appellent le chalet. Là où ils ont leur épluchette de blés d'inde annuelle, leur trempette dans un lac, leur promenade en forêt, d'où ils reviennent chacun muni d'un énorme bâton de pèlerin, deux fois plus haut qu'eux-mêmes. Ouf! fin de ma très longue phrase ...

Alors que chez eux, ces mêmes enfants sont affairés dans leurs choses, ou leurs jeux, trop affairés, avec déjà ce petit air de ceux qui sont formés et entrainés à être singes savants ou du moins, à s'asseoir un jour au sommet de la pyramide sociale, parfois trop occupés pour venir s'asseoir sur mes genoux. Au "chalet", libérés de leur rôle, imperceptiblement ils sont comme différents. Peut-être qu'ici, parce que la maison est petite, nous sommes plus en présence. Ou est-ce, moi-même qui est plus dépouillée de ma tête pensive de la ville. Alors ici, dans mon antre, je m'émerveille de celui-là qui adore le fromage-qui-pue-le-caca-de-vache, du haut de ses huit ans, de cet autre de treize qui s'asseoit à la table de cartes tứ sắc pour jouer avec nous comme si il a toujours fait ça. Et je ris de leurs connivences, de leurs complicités d'entre-cousins, de leur faim de loup, et de leurs pitreries ...

Alors que les trois dernière voitures s'apprêtent à repartir pour la ville, la maison retrouvant son apparence habituelle, vidée de tous ses visiteurs, j'ai eu l'idée d'arracher la mauvaise herbe sur la plate-bande d'en avant (vous comprenez bien que je n'ai pas eu le temps, avant ce moment-là!). Une soeur et une belle-soeur, sur leur départ, se sont mises à m'aider. Mon plus jeune fils fut appelé à la rescousse et ... il a arraché mon rosier, tout en trouvant que cette mauvaise plante a bien des épines! Les petits courent après les grillons et s'excitent à la vue d'une petite grenouille. Ces instants symbolisent bien ce que j'ai ressenti pendant cette fin de semaine: ma maison du nord n'est pas que mon refuge, mais aussi le chalet de ces enfants! Du moins, le chalet de leurs souvenirs d'enfance, celui qu'ils en parleront encore un jour, quand ils rencontreront d'autres vrais chalets, plus beaux, plus merveilleux encore. Mais celui-ci, le mien, est celui qui gardera une place dans leur coeur virginal.

Nous sommes revenus maintenant, moi dans mon perchoir, certains enfants dans leur château, d'autres dans leurs chaumières. Mais leurs bâtons de pèlerin sont restés en poste, dans un coin du chalet, comme une promesse d'un retour prochain ... Déjà, mon mari avance une date, une occasion pour les recevoir encore, ce qui prouve que la fin de semaine fut bonne, pas que pour moi et pour les petits.

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