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Voilà deux matins que je me lève tôt pour accompagner ce fils qui vend de la crème glacée sur le site de la course automobile. Ce qui me fait aussi deux courtes nuits, surtout la dernière, cauchemardesque. Et puis, j'ai appris qu'une voisine, que je n'ai jamais vue, une dame alitée qui occupait la même chambre que la mienne, dans la maison contigue, est décédée cette nuit. Non, je ne suis pas d'accord avec mon mari qui y voit la raison pourquoi j'ai si mal dormi!
Mais, revenons à nos moutons, ou plutôt nos abeilles, je préfère! Aujourd'hui je vais vers ma maison du nord, avec ma famille. Non pas seulement ma petite ruche mais aussi les autres ruches du clan. Alors que ma fille et ses trois meilleures copines ont pris possession du refuge depuis hier, nous irons nous aussi cet après-midi. Malgré le temps frais et les grands vents, nous transhumons, comme mus par le même appel. Un air différent, une trêve à la vie quotidienne, plutôt qu'un pâturage plus vert, pour les moutons, ou une floraison plus onctueuse, pour les abeilles. N'est-ce pas le même mouvement que de quitter tous, nos maisons douillettes, nos propres lits qui ont le pli de nos corps, nos routines et nos affaires, pour se retrouver dans un décor modeste, avec des lits d'emprunt au matelas usé, une nourriture en abondance, certes, mais non structurée et un plaisir simple, sans cesse renouvelé!
Alors voilà: un essaim partait d'avance, faisant arrêt au Loblaws qui vend de quoi sustenter une armée ... Bzzzz! Bzzzz! Sur place, un autre essaim butinait déjà sur la table à pique-nique en arrière, alors que les occupants de la dernière nuit se doraient le bedon encore, sur la pelouse. Bzzzz! Bzzz! Arrivait une autre voiture: un troisième (ou quatrième déjà!) débarquait, avec d'autres butins! Une autre voiture, d'autres caisses et caissons! Encore et encore! Tant et si bien que la petite maison au creux des vents a pris une allure toute différente: les ados ont squatté le coin le plus hors de vue, les plus jeunes accaparaient le salon, les grands prenaient l'autre sofa (ceux qui lisaient le journal), ou la table (ceux qui mangeaient déjà), ou la terrasse (ceux qui n'ont pas eu froid) ou le coin du feu (les plus que douillets). Un feu de camp dehors aussi, pour les passionnés de plein air!
Et puis ... bzz, bzzz, une grosse grappe d'abeilles partait au lac, ou les incorruptibles se sont baignés! Les plus sages, restaient derrière pour cuisiner ... Le reste de l'histoire est bien prévisible et heureux, comme pour les gens qui n'ont pas d'histoire: rires, jeux et discussions, tard dans la nuit! Puisque tour à tour, les uns et les autres, vont reposer leurs ailes chacun dans un coin, comme si tout est orchestré de quelque part, comme si chacun connaît sa partition, son petit morceau de bzzz, bzzz. Chacun sa part de bonheur, de plaisir simple. Chacun sa part d'harmonie, à donner et à recevoir.
Comme pour les bêtes nous transhumons, non pas pour survivre, pardon, je me reprend, oui, pour survivre, puisque l'humain domestiqué que nous sommes devenus, meurt plus par sécheresse du coeur, par rareté affective que par ce qui entre dans nos ventres. Ce qui compte, ce n'est pas ce qui est dedans, mais ce qui englobe, ce qui berce, ce qui nous lie.
Nous transhumons pour prouver à nous-mêmes que nous ne sommes surtout pas des individualistes, mais des morceaux d'une même partition, appelés par le même désir de battre nos ailes, à l'unisson. On dit que le tout est plus que la somme de toutes les parties: c'est bien ce que je vis, par toutes les pores de ma peau!
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