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Aujourd'hui, sans trop d'effort, j'ai travaillé. Ce n'est que de la préparation, mais n'est-ce pas la préparation qui détermine le trajectoire de tout projet? Et puis j'ai eu un rendez-vous à déjeuner. Et la rencontre et le repas furent futiles, mais n'est-ce pas qu'il faut tenir ses promesses? D'autant plus que le tout s'est tenu à la librairie-bistrot Olivieri où je n'ai pu m'empêcher d'acheter quelques livres ...
Tout d'abord, vous avez déjà remarqué, mais c'est tout de même important que je le dise à moi-même, que j'ai un rapport compulsif face aux livres. Parfois c'est le titre qui me conquiert, d'autre fois c'est la finesse du papier. Ou est-ce la couverture, ou le sujet, ou la réputation de l'auteur. Ou le titre dernièrement louangé, ou est-ce un écho dans ma mémoire, ou même un achat logique, pour faire suite à un autre choix antérieur impulsif. Aujourd'hui, j'ai ramené, "Du sens de la vie" par Jean Grondin (pour le sujet assurément!); "Les jours" de Vassili Choulguine (journal d'une époque, mais surtout, ma fascination pour les mots qui se rapportent au temps); les deux tomes du journal littéraire de Claude Michel Cluny, intitulés "L'invention du temps" (encore!); "L'histoire de Pi" de Yann Martel (version française nouvellement parue) et le premier numéro des cahiers littéraires "Contre jour".
Alors que mon rôti mijote au four, j'ai inventorié une quarantaine de livres qui peuvent maintenant prendre le chemin des étagères de ma maison du nord. J'en garde toujours une trentaine en ville, en attente d'être lus. Déjà, mentalement, je choisis ma prochaine lecture, mais je sais déjà, le choix sera plutôt dicté par l'humeur du moment. Mon rapport aux livres englobe tout ce bourdonnement autour de l'objet écrit: je les visite en librairie, j'en adopte. Je touche, je regarde, j'inventorie, je classe, et je les lis comme on distille de l'essence des fleurs. Et je pense constamment aux endroits pour les conserver, comme je pense au parfum que je composerai moi-même un jour.
Aujourd'hui, mes livres m'ont illuminée. Peut-être entrerai-je dans une phase plus lectrice que voyeuse des roman-feuilletons en ligne, où je serai plus activement sollicitée que simple spectatrice. Je rejette le mauvais livre au bout de vingt pages, ou au moins à sa dernière, mais les feuilletons en ligne, pourquoi, épisode après épisode, j'accepte de lire les mêmes mots rebrassés à satiété. Peut-être espérai-je sa dernière page, ou sa première sagesse. Peut-être espérai-je toujours retrouver l'humain tenant son haut de pavé, laissant les bassesses au caveau. Peut-être que, justement, je dés-espère après l'ultime belle dernière page que toute plume en ligne est en mesure de l'écrire, ou plutôt, je l'espère toujours. Alors que le livre écrit, à sa dernière, vous laisse toujours un arrière-goût, de sustentation ou de suspension, de plénitude ou de soif plus grande encore, un goût de quelque chose. Pas celui de vide!
À mon strict point de vue, l'écriture en ligne ne doit que servir un seul maître: celui qui l'écrit. Dès lors qu'elle serve à se mirer dans le regard des autres, elle distortionne, tant et si bien qu'elle ne trace que des lignes circoncentriques, tôt ou tard. Si elle sert à autre que soi, c'est que c'est purement accidentel, ou arbitraire. En somme, j'écris ma page du jour, je la met en ligne, je la classe, je pense à la prochaine que j'écrierai, je classerai et posterai, puis à la suivante ... C'est le geste qui me plais maintenant, la routine, ma fidélité à une activité qui se rapporte à l'écrit. Un geste aussi stérile que d'acheter les livres et les ranger, puisque je n'écris jamais tout ce que mes pensées puissent élaborer, comme je ne lirai jamais tous les livres que je ramasse.
Je sais, vous qui me lisez et qui écrivez aussi, pour certains, vous ne m'aimerez pas avec ce qui précède, mais ... ce n'est pas pour me faire aimer ... Je suis lucide!
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