17 août 2003
Bouquiner et chiner

Une journée idyllique qui commence par une grasse matinée et un bol de café au lait, accompagné d'un gruau et suivi ... d'une liqueur aux framboises. Ciel bleu impeccable et douceur dans l'air. Nous ne pourrons pas tout faire d'ici ce soir, jusqu'au moment où je prendrai l'autobus pour Montréal. Alors j'ai choisi de bouquiner et de chiner, un mot nouveau appris récemment en France et en Belgique de mes amies de là-bas, qui veut dire "faire les brocantes".

Bouquiner et chiner en bonne compagnie, voilà le registre de l'art de vivre le plus savoureux! Je suis revenue avec quatorze livres et aucun objet convoité. Mais j'ai encore l'image de ce délicat service à thé imprimé devant l'écran de mes yeux fermés, et surtout, ce grand tableau joyeux et inspirant aperçu dans une galerie d'art. Un tableau qui me semble destiné, mais que son prix est hors de portée naturellement! Je peux toujours rêver pendant quelques mois, jusqu'à ce que son impression s'estompe et que mon esprit s'oublie!

Juste avant d'aller à la gare, nous sommes allés voir la ville du quai, sous un angle bien différent. Malgré l'angle des rayons de soleil, je me suis risquée pour quelques photos. Et puis, à la gare, une dernière bouchée ensemble, une dernière question étourdie de ma part ("penses-tu que nous avons encore quelque chose à nous dire, après ces deux jours?), une dernière embrassade et l'embarquement dans l'Orléans Express. À l'arrêt de Ste-Foy où le bus s'est rempli, du haut de mon promontoir, j'assiste aux baisers des amoureux qui s'éternisent, à la tape furtive d'un père grisonnant sur l'épaule d'un fils, au dernier salut de la main d'une soeur, d'une mère, ou d'une tante, que sais-je, avant qu'elle ne tourne les talons pour de bon. Un jeune routard américain s'enquiert de sa prochaine escale avant New-York. Plusieurs passagers tiennent à amener leur bagage dans la cabine, l'air farouche, peut-être pour dissuader le chauffeur de tenter de leur faire laisser leur possession dans le ventre du car. À côté de moi, sur la banquette, le portrait classique d'un travailleur, jeune père de famille, qui retourne, la fin de semaine terminée, à la ville où il professe. Le voilà qui sort de ses poches, deux téléphones cellulaires. Sur l'un d'eux, il enregistre des numéros de téléphone issus de petits bouts de papier. Sur l'autre, il fait un dernier appel à sa jeune famille, il était question de bain du petit. Ensuite, un coup de fil à l'ami ou le parent chez qui il sera à Montréal, l'avertissant de son heure d'arrivée. Puis, un autre appel, cette fois-ci en anglais, pour un collègue de travail, j'imagine. Ouf, il a arrêté ses activités de communication par la suite, me sauvant de ce délit d'oreille indiscrète!

À Montréal, mon mari m'attend, trouve mon sac bien lourd (avec tous ces livres!). Au perchoir, les fils, ameutés par mon retour, déferlent autour de moi. Avec étonnement, je constate pour la première fois que ma maisonnée est un foyer masculin, caractérisé par des boutades bourrues, des pointes de démonstration virile et des effluves du yang. Entre eux quatre, heureusement que je tiens la place de la mère, avec qui ils sont protecteurs et indulgents. Tenez, je me donne le beau rôle: ils forment ce voilier, ce navire qui fende les eaux territoriales, alors que moi je suis la figure de proue, humant l'air, scrutant l'horizon ... Bon vent!

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