16 août 2003
Mesurer le chemin parcouru

J'avais bien cuisiné jusqu'à 3h du matin, et même tout nettoyé ensuite, casseroles, planches à couper, couteaux, etc. Et je repense à mon année de retour aux études en 1993-1994, au cours duquel ce n'étaient pas rares, ces sessions de cuisine dans la nuit avancée pour nourrir la famille quelques jours, alors que je serais plongée dans mes cours et mes travaux de groupe jusqu'au cou. Dix ans déjà!

J'avais ensuite fait le ménage de tout ce qui traîne, surtout dans la chambre de mon plus jeune fils qui reviendra, en mon absence de ses deux semaines de plage en Caroline du Sud. C'est que j'avais vidé tout le trop plein de ma chambre dans la sienne pour mieux ranger la nouvelle penderie et je ne pourrai pas tout replacer sans me défaire de plusieurs vêtements. Je partais pour une trentaine d'heures et je faisais comme si je quitterai la maison pour plusieurs jours: je lisais les journaux, je rangeais le bureau, etc. Puis je me suis couchée quelques petites heures, avant de me relever pour cuisiner encore et partir enfin ...

Avec moi, ma fille et mon gendre. Je conduirai jusqu'à Québec, ensuite ils partirons vers Charlevoix où ils fêterons leur troisième anniversaire de mariage. Déjà!

Sur la route de Québec, alors que la fille somnolait, que le gendre lisait en arrière, je repensais à 1999 quand j'avais de la difficulté pour tenir la roue sur cette même route, du temps où ma fille avait étudié une session à l'Université Laval. Je repensais à cette même année quand ma fille était au seuil de sa vie de femme, comme une fille-fleur qui tardait d'éclore et puis, en l'espace d'un été, une femme-fleur resplendissante. Et un an plus tard, une femme mariée ...

Mais encore ... En 1999, j'étais à mes balbutiements de ce journal en ligne, biche égarée dans cette jungle du net. Aujourd'hui, je vais rejoindre une amie, une vieille amie tout compte fait, dans les années-lumière du net. La jonction entre le monde du virtuel et celui du quotidien s'est effectuée à quelques reprises déjà, avec grand succès je trouve, puisque sur le net ou dans la vraie vie, demeurent les mêmes humains, dans son plus beau, comme son plus mesquin ... Que de chemin parcouru! Aujourd'hui, je trouve écho de mes mots parfois dans le site des autres. Chaque fois, cela m'étonne: "Tiens, je suis moins égarée que je ne pense. S'il y a écho, c'est qu'il y a quelque part, des monts et des vallées, et des esprits, et non le désert ..."

Revoir mon amie. L'entendre parler de sa ville, de son coin de pays comme de son coin de coeur. Visiter autrement une ville que je connais déjà et que je ne m'attendais pas à voir sous d'autres yeux. Voir mon amie chez elle, comme on voit une totale, une entière, plus que celle que je voyais périodiquement dans mon perchoir ou dans un café, dans les rues de ma ville. La voir à l'envers et l'endroit tout en même temps. Goûter à sa cuisine, dormir dans le lit de passage de sa fille, voir son chat, ses habitudes. Lire d'autres diaristes ensemble, penchées toutes les deux sur son écran. Expérimenter sa passion pour les autres. Écouter sa musique, plus vaste que celle qu'elle expose sur le net. Je vous dis: la totale, l'entière!

À mesurer le chemin parcouru, je dirai qu'il fut un temps où je m'employais à apprivoiser les autres. Aujourd'hui, je me laisse apprivoiser. Je vois là un grand élan de confiance de ma part, envers les autres, mais aussi un pas vers ma propre humilité. Alors que mon chemin à parcourir encore sera plus court en distance que celui déjà parcouru, mais il sera plus long, plus profond, plus fort en amplitude. Et plus riche, plus jouissif, plus plein. C'est que je me laisse porter, au lieu de tout prendre sur moi ... Quelle différence!

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