13 août 2003
Lucidités

La matinée s'annonce très estivale. Nous réglons quelques détails et nous voilà partis pour une escapade. Mais d'abord déjeunons au salon de thé: deux grands enfants à l'école buissonnière puisque l'on se permet même une pâtisserie en dessert. Puis le tour de voiture vers ce coin de campagne où mon mari a traversé il y a près de deux mois, un coin qu'il a aimé et où il se voit peut-être installer dans sa maison de retraite. Mais aujourd'hui, il ne l'aime plus et moi non plus. Tant pis, il y a quand même cette promenade qui m'a donné l'idée de nous faire tout un repas. Hélas, j'ai plus aimé le temps que j'ai pris à penser aux différents plats que le résultat final. Mes nouilles sautées aux légumes, crevettes et poulet, pourtant si simples, m'ont pris beaucoup de temps tout en étant très ordinaires. Je crois que je n'ai pas eu le coeur (ou la main heureuse) à la bonne place aujourd'hui.

Ma fille est là, au souper, si crevée qu'elle dort debout. Vingt-huit jours de travail d'affilée, au moins huit heures par jour, payée à la journée, logée en barraque, nourrie en cantine, comme des manoeuvres ... Ma fille qui bosse de la tête, mais aussi des bras, ma fille menue au coeur vaillant et au corps si chaud (vous comprenez que je l'ai tâtée sur toutes les coutures, embrassée, caressée et dévorée des yeux). Étonnamment, je suis lucide enfin ... Je crois que ma fille m'a manqué dans les dernières semaines, peut-être que j'ai même déprimé pour cette raison ... Peut-être me sentais-je incomplète lorsque mes enfants ne sont pas à portée (mon plus jeune est toujours absent), alors je vivote en attendant. Vous ai-je dit que je n'avais pas d'appétit et que je tournais en rond finalement. Même si ma fille est mariée et vit ailleurs depuis trois ans ... c'est moi qui n'a pas coupé le cordon ombilical, et non elle. J'avais oublié comment je tournais en rond, comment j'avais l'humeur maussade, il y a quatre ans, alors qu'elle était partie pendant onze semaines d'affilée pour son premier emploi d'été dans le Grand Nord. Mais c'était la première fois qu'elle quitte la maison, mais là, quatre ans plus tard! Il faut dire que cela fait six semaines maintenant que les fils ne sont pas tous ici, et le souper familial n'a pas eu lieu ... Ces soupers familiaux où nous étions tous à notre place à table (sauf la fille dont la chaise a pris une autre fonction avec le temps), ces soupers qui me servent de cailloux égrenés sur le chemin de petit poucet. Je suis désespérément incorrigible à ce sujet ...

Cette fin de semaine je vais à Québec voir mon seule amie de la ville. Après plusieurs heures à barboter sur les sites internet des compagnies aériennes, me voilà munie d'un billet pour la Californie en novembre. Je suis vraiment contente. Ce sera une partie de plaisir sans aucun doute, puisque mes frères, soeurs (sans conjoint et enfants), ainsi que mes parents, y seront aussi. C'est pour visiter ma soeur, la swami de yoga, pour ses cinquante ans (j'avais lancé l'idée de faire quelque chose de spécial pour les cinquante ans de chacun). Maintenant que j'ai mon billet, tout le monde s'en occupera du sien, aux heures et jours de départ et de retour selon leurs autres obligations.

Peut-être qu'un jour, entre les soupers familiaux, je ferai des petits voyages puisque, dans cette condition, trop occupée à voir du nouveau, je pourrai laisser mes enfants tranquilles à leur propre vie ...

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