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Sur la route de mon repaire, je cherche quelques repères de l'été. Rien! Ciel gris et file de voitures empressées. Pas de remorque de bateau, ni de chaloupe sur le toit, pas de bicyclette sur des supports non plus. Dans mon coin du nord, quelques cyclistes à dossard luttent contre eux-mêmes, qui en haut de la côte, qui au tournant du virage ... Quelques nuages drapent la cîme des arbres de dentelles. Ambiance irréelle d'un été tristounet.
À l'approche de mon nid, l'allure des maisons, pourtant familières, semble différente aussi. Pas un enfant dehors, pas un adulte en promenade, quand à nous, pas un regard pour le lac. Les deux cordes de bois alignées sur le côté de la maison, pour que le bois sèche mieux, sont tout trempes (ou "mouillées", je parle québécois là!). Sur le bas de la porte-patio en arrière, la mousse verte s'est formée, avec l'humidité. Dans la maison, l'air est lourd, rendant l'impression d'abandon plus forte encore. Dans la théière, les dernières feuilles de thé croulent sous une croûte de moisissure.
Tout l'après-midi, je me suis employée à effacer cet air de cabane négligée de fond de cour, rangeant des caisses de livres, lavant et nettoyant ... Rien n'est plus rassurant que le bruit d'une laveuse qui ronronne, et le toucher des serviettes de bain toutes chaudes que l'on plie. Et le crépitement du feu de foyer! Ben oui, l'excuse est bonne: c'est pour chasser l'humidité dans l'air. J'ai même sorti le sécateur pour tailler les branches basses du mélèze, du pin blanc et du sapin qui montent la garde devant la maison.
Je ne me suis pas assise, trop occupée à reprendre droit sur les lieux. Je n'ai pas profité une seconde du silence qui me détendait tant, acharnée à donner vie aux objets, plutôt à l'air des choses. Seule entente tacite, nous n'avons pas échangé un mot sur nos impressions. Mon mari va et vient, profite de la chaise longue, prend une sieste sur le sofa, va jeter un coup d'oeil au garage, inspecte son bois de foyer. Moi je monte et descend l'escalier, habitant en cinq heures, une maison laissée à elle-même depuis un mois et plus encore. Quand je disais que je suis prête à repartir c'est que j'ai enfin repris en main le cours de la vie de cette maison, alors donc, elle peut bien m'attendre ... À chaque fois que je quitte, je me promet de revenir plus vite, plus fidèle. Tel un mari volage, je me laisse distraire par la ville, par les promesses de ses prouesses, par le perchoir qui lui s'est paré de mille atours maintenant. Alors que la petite maison du nord, malgré qu'elle recèle plusieurs de mes trésors sentimentaux, demeure modeste, un peu plus vieillie chaque année, un peu plus lasse de rivaliser toujours avec la ville des luxures. Elle qui n'est pas assez vieille pour faire antiquité, pas assez jeune pour séduire, pas assez belle pour retenir le coeur de celui qui cherche une contrée plus inspirante pour y déposer ses armes et se reposer d'un long voyage (c'est le cas de mon mari qui rêve de rivage ou de vue majestueuse). Elle ne peut que compter sur mon attachement et ma loyauté, à moi de ne pas baisser les bras!
J'ai eu l'idée de tenir un journal de bord, le repère de la maison, mon repaire. Vais-je aussi la baptiser ...
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