08 août 2003
Complainte estivale

En apparence, la journée s'avale comme une bouchée sans saveur, c'est-à-dire, vite sans goûter à rien, puisque léthargique et tétanisée. En vérité, elle goûte l'écoeurantite, l'insipide. Non pas que je n'ai rien à faire, mais je n'ai pas le coeur à rien faire. Voilà le fruit des jours sans frontière, sans routine, des jours sens dessus dessous, des jours d'été ...

La nature ne se comprend plus! Il fait trop chaud dans des contrées entières, tout brûle par là-bas, mais tout mouille par ici. D'habitude, l'été, il faut arroser, mais voilà que mon bananier pourisse du tronc, de l'intérieur vers l'extérieur! Trop arrosé! Trop humide pour certains arbres et arbustes d'ici, j'ai lu! Sur le pas de la porte, le condensateur du climatiseur dégoutte. Dans ma cage d'escalier, les marches sont humides, le tout dégage une telle odeur d'humidité que je me croyais à la descente de l'avion au Vénézuéla ou à Cuba. Presque une odeur de pipi.

Au perchoir, le climatiseur oeuvre sans relâche. Sans humidité, c'est une havre de paix. Mais pour tenir la barricade à l'humidité ambiante, il faut garder fermées les ouvertures. Alors, la nuit, dans ma chambre au fond du couloir, j'étouffe. Le cuir frais du sofa au salon m'apaise un peu.

Pas un souffle de vent. Éclaircies ensoleillées ou ciel gris humide, tout pèse sur la ville. Hier, quelqu'un m'annonce l'achat de sa maison de retraite à plus de trois heures de route de la ville, aujourd'hui, un autre exprime l'intention d'acheter la sienne, quelque part, dans les terres, là où je ne connais même pas le nom de localité. Il me faut imaginer très fort ce temps dénaturé affectant les campagnes aussi, et non que les villes, pour réprimer cette envie de fuite aussi vers autre chose.

Demain j'irai à ma maison du nord, non pas parce que j'en ai très envie, mais il faut essayer quand même d'éclaircir cette melasse léthargique dans laquelle nous baignons. Vivement l'automne, je me dis!

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